Cinquante ans après sa création en 1976 par Kamal El-Mallakh, le Festival international du film du Caire s’apprête à ouvrir sa 47ᵉ édition, du 11 au 20 novembre 2026. Lors de la conférence de presse du 11 octobre, Hussein Fahmy, président du festival, et Mohamed Tarek, son directeur artistique, ont présenté une édition qui entend à la fois célébrer cet héritage et poursuivre le développement du CIFF.
Cette double ambition se traduit par une programmation qui associe les œuvres contemporaines aux grands classiques du cinéma, les cinéastes confirmés aux nouveaux talents, tout en accordant une place croissante à la transmission et à la découverte du cinéma par les jeunes générations. Elle s’accompagne d’une volonté de renforcer la présence internationale du festival, grâce à un travail mené tout au long de l’année, bien au-delà des dix jours de projections et de rencontres au Caire.
Une équipe mobilisée tout au long de l’année
Dès l’ouverture de la conférence de presse, Hussein Fahmy a tenu à souligner que le Festival international du film du Caire ne se prépare pas uniquement dans les semaines qui précèdent son ouverture. Son équipe travaille tout au long de l’année, multipliant les déplacements, les rencontres et les collaborations internationales.
Cette année, le CIFF a notamment été présent au Festival de Berlin, puis à Cannes, où il disposait d’un pavillon égyptien organisé en partenariat avec le Festival d’El Gouna et l’Egypt Film Commission. Ces rendez-vous constituent des occasions de rencontrer des cinéastes, des producteurs et des responsables de festivals, mais aussi de développer les relations professionnelles qui contribuent à la préparation de la programmation.
Hussein Fahmy a également évoqué le renforcement des coopérations avec la Chine. Aux relations établies depuis une vingtaine d’années avec le Festival de Shanghai se sont ajoutés des partenariats avec d’autres manifestations cinématographiques chinoises, notamment le Silk Road International Film Festival, ainsi qu’une collaboration avec China Media Group (CMG), groupe audiovisuel public chinois qui exploite notamment le réseau international CGTN.
Des hommages à tous les métiers du cinéma
La 47ᵉ édition rendra hommage à plusieurs personnalités dont les parcours témoignent de la diversité des métiers du cinéma.
Deux réalisateurs recevront une Pyramide d’or d’honneur : le Mauritanien Abderrahmane Sissako, auteur notamment de Bamako, Timbuktu et Black Tea, dont le cinéma explore les réalités africaines et les rapports entre les cultures, et l’Italien Matteo Garrone, réalisateur de Gomorra, Dogman et Moi, capitaine, récompensé à Cannes et à Venise.
Le directeur de la photographie égyptien Saeed Shimi, collaborateur de Mohamed Khan et d’Atef El-Tayeb sur plusieurs films majeurs, recevra une Pyramide d’or pour l’ensemble de sa carrière. La même distinction sera attribuée à Medhat El Adl, scénariste, parolier et producteur, qui a notamment travaillé sur Ice Cream fi Gleem, Saïdi à l’université américaine et Mafia.
Le Prix d’excellence Faten Hamama sera remis à l’acteur égyptien Asser Yassin, remarqué notamment dans Messages de la mer, de Daoud Abdel Sayed, Rags and Tatters, d’Ahmad Abdalla, et Diamond Dust, de Marwan Hamed.
Enfin, un hommage spécial distinguera Antoine Zeind, figure de la distribution cinématographique en Égypte depuis plus de six décennies, passé notamment par United Artists et la 20th Century Fox avant de fonder United Motion Pictures.

Une programmation entre découvertes et grands noms du cinéma
Pour sa 47ᵉ édition, le CIFF annonce 145 films représentant 64 pays, sélectionnés parmi 5 600 candidatures, dont 2 100 longs métrages et 3 500 courts métrages. Le programme compte 17 premières mondiales, cinq premières internationales et 87 premières au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.
La compétition internationale
Le jury est présidé par le réalisateur franco-marocain Nabil Ayouch, entouré du cinéaste syro-allemand Ameer Fakher Eldin, de l’ingénieur du son britannique Paul Davies, de l’actrice et productrice chinoise Fan Bingbing, de la réalisatrice belge Laura Wandel et de l’actrice égyptienne Ghada Adel.
Douze films concourent pour les principales récompenses, dont deux productions égyptiennes : BerleeN_, d’Ahmad Abdalla, avec Menna Shalaby et Yousra El Lozy, et Al Baraneya, premier long métrage d’Ashgan El-Hamus. La sélection accueille également Strawberries, de la Marocaine Laïla Marrakchi, présenté à Cannes 2026 dans la section Un certain regard, Inherited, de l’Iranien Morteza Alizadeh, et In the Darkness I See You, du Libanais Nadim Tabet.

Le Prix de la Fédération internationale de la presse cinématographique (FIPRESCI), attribué à un film de cette compétition, sera décerné par trois critiques : Marcelo Janot (Brésil), Arwa Tag Eldeen (Égypte) et Susanne Cornelia Gietl (Allemagne).
Horizons du cinéma arabe
Le jury réunit la réalisatrice palestinienne Laila Abbas, le directeur de la photographie roumain Tudor Vladimir Panduru et le réalisateur égyptien Amr Salama.
Sept films sont en compétition : Al Baseer – The Blind Ferryman, d’Ali Toffan Al-Fatlawi, Magma, de Mia Bendrimia, Summer Meadow, de Naël Khleifi et Lisa Debauche, The Day of Wrath: Tales from Tripolis, de Rania Rafei, To the Sun and Beyond, du Tunisien Aziz Shennawy, Until Dawn, de Mohamed Zineddaine, et Your Daughter, de Sara Shazly.
Le Prix du meilleur film arabe, qui distingue une œuvre présentée dans l’une des trois compétitions de longs métrages, sera attribué par un jury présidé par Giona A. Nazzaro, directeur artistique du Festival de Locarno, aux côtés de la réalisatrice égyptienne Amal Ramsis et du monteur jordanien Laith Majali.
La Semaine internationale de la critique
Le jury annoncé réunit la directrice de la photographie franco-tunisienne Frida Marzouk et la monteuse égyptienne Heba Othman.
Six premiers ou deuxièmes longs métrages concourent, parmi lesquels Before the Sun Rises, du Kazakh Azamat Shargyn, Dancing Angels, du Turc Ferit Kılıç, Nuclear Boy, du Néerlandais Joren Molter, The Blind Girl and an Elephant, du Bangladais Ishtiyak Ahmad Zihad, et The Red Hangar, du Chilien Juan Pablo Sallato. La sélection comprend également The River Train, des Argentins Lorenzo Ferro et Lucas A. Vignale.
Courts métrages et documentaires
Les 24 films de la compétition des courts métrages seront départagés par le réalisateur irakien Hasan Hadi, la cinéaste néerlandaise Stefanie Kolk et l’acteur égyptien Aly Kassem.
Le jury du Prix du meilleur documentaire réunit la cinéaste et chercheuse Viola Shafik, Karol Piekarczyk, directeur artistique du festival Millennium Docs Against Gravity, et le réalisateur et monteur syrien Qutaiba Barhamji. Ce prix distingue un documentaire présenté dans l’une des trois compétitions de longs métrages.
Hors compétition : Cannes et Berlin à l’honneur
La sélection officielle hors compétition comprend dix-sept films, dont plusieurs récompensés dans les grands festivals internationaux. À Cannes 2026, Minotaure, d’Andreï Zviaguintsev, a remporté le Grand Prix et L’Aventure rêvée, de Valeska Grisebach, le Prix du jury.
À Berlin, Salvation, d’Emin Alper, a obtenu l’Ours d’argent du Grand Prix du jury, Nina Roza, de Geneviève Dulude-de Celles, l’Ours d’argent du meilleur scénario, et Soumsoum, la nuit des astres, de Mahamat-Saleh Haroun, le Prix FIPRESCI.
Figurent également dans cette sélection Sheep in the Box, de Hirokazu Kore-eda, et The Beloved, de Rodrigo Sorogoyen, tous deux présentés en compétition à Cannes 2026, ainsi que Look Back, également de Kore-eda, et The Diary of a Chambermaid, de Radu Jude.
Le Panorama international propose, hors compétition, une sélection de treize films venus de différents horizons cinématographiques. Cette section permet au public de découvrir des œuvres qui ne participent pas à la course aux prix, tout en élargissant la diversité géographique et artistique de la programmation.
Séances spéciales et projections de minuit
Les onze séances spéciales réunissent des œuvres aux sujets variés, parmi lesquelles For Life, d’Ahmet Seven, qui s’intéresse à une Palestinienne dont le mari est emprisonné en Israël, et Homesick, de Taekyung Tanja In Wol Sørensen, consacré à l’adoption et à la recherche des origines.
Le cinéma lui-même est également à l’honneur avec Deleau: Cinema Unchained, de Michel La Veaux, consacré à Pierre-Henri Deleau, fondateur de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes ; Vittorio De Sica: Staging Life, de Francesco Zippel ; et Making Marie Antoinette, d’Eleanor Coppola, sur les coulisses du film de Sofia Coppola.
Les projections de minuit proposent une programmation distincte, orientée vers le cinéma de genre, notamment le fantastique, l’horreur et le thriller. Six films sont annoncés : quatre œuvres contemporaines, Drumskin, Mi Amor, The Birthday Party et Traveller’s Hell, ainsi que deux classiques, La Féline (Cat People, 1942), de Jacques Tourneur, et Lost Highway (1997), de David Lynch, réunis sous l’intitulé Midnight Classics.
Le patrimoine cinématographique : restaurer, mais aussi montrer
Depuis son retour à la présidence du CIFF en 2022, Hussein Fahmy accorde une attention particulière à la restauration et à la diffusion du patrimoine cinématographique. La section Cairo Classics, lancée en 2024, participe à cette démarche de redécouverte de l’histoire du cinéma, égyptien comme international.
Dix films égyptiens restaurés avaient été présentés en 2024. Leur nombre avait augmenté en 2025 et, cette année, le festival annonce 27 restaurations égyptiennes. Parmi les œuvres programmées figurent Le Caire 30 et La Deuxième Épouse, de Salah Abou Seif, Le Péché, de Henry Barakat, Les Gens et le Nil, de Youssef Chahine, ainsi que Entre les deux palais et Le Palais du désir, de Hassan El-Imam, deux adaptations de romans de Naguib Mahfouz.
Mais, pour Hussein Fahmy, restaurer ne suffit pas. Encore faut-il que les films soient montrés. Le CIFF constitue précisément une plateforme permettant à ces œuvres de retrouver le grand écran et de rencontrer de nouveaux spectateurs, notamment parmi les jeunes générations qui ne les ont pas connues à leur sortie.
Cette année, le festival fait également une place aux films anciens dans d’autres sections de sa programmation. Les deux œuvres présentées dans Midnight Classics en sont un exemple. La redécouverte du cinéma d’hier ne se limite donc pas aux séances spécifiquement consacrées aux restaurations.
Cairo Kids : former les spectateurs de demain
La création de Cairo Kids constitue l’une des nouveautés de cette édition. Cette section destinée aux jeunes publics et aux familles réunit neuf films, dont trois longs métrages et six courts métrages. Elle traduit la volonté du CIFF de ne pas considérer les enfants uniquement comme les futurs professionnels du cinéma, mais aussi comme des spectateurs à part entière.
Les longs métrages comprennent Incinerator, du Japonais Shuntaro Uchida, The Violinist, d’Ervin Han et Raúl García, récompensé au Festival d’Annecy 2026, et Not a Hero, de l’Indienne Rima Das, présenté à Berlin dans la section Generation.
Parmi les six courts métrages figure notamment Sociophobia, du Tunisien Malek Hebiri, aux côtés de films venus du Kazakhstan, de France, d’Allemagne, d’Autriche et du Royaume-Uni.
C’est également à propos de cette attention portée aux jeunes générations que Hussein Fahmy a évoqué, lors de la conférence de presse, son souhait de voir naître un musée du cinéma égyptien. Il a raconté sa visite au Musée national du cinéma de Turin, où il avait été frappé de voir de très jeunes enfants découvrir l’histoire du septième art et ses premiers appareils.
Pour un pays dont l’histoire cinématographique est aussi riche que celle de l’Égypte, un tel musée permettrait de réunir et de présenter au public un patrimoine aujourd’hui dispersé. Cette ambition rejoint celle de Cairo Kids : donner aux nouvelles générations les moyens de découvrir le cinéma, son histoire et ses multiples formes.
New Wave et Cairo XR : accompagner les nouvelles générations
Le programme New Wave revient pour une deuxième édition, avec le soutien de la Fondation Drosos et du British Council. Plus de 850 candidatures ont été reçues et 100 participants ont été retenus, dont 70 venus de l’extérieur du Caire. Pendant six jours, ils pourront assister à des projections, rencontrer des professionnels et participer à des ateliers, notamment avec Abderrahmane Sissako.
Autre initiative tournée vers de nouvelles formes de création, Cairo XR propose sept expériences immersives utilisant notamment la réalité virtuelle. Parmi elles figure Artou, d’Abderrahmane Sissako, aux côtés de productions égyptiennes et internationales. Cette section permet au festival d’explorer des formes de narration qui dépassent le cadre traditionnel de l’écran de cinéma.
Un festival qui s’étend dans la ville
Le CIFF poursuit également l’élargissement de ses lieux de projection. Aux salles de l’Opéra du Caire, qui demeure son principal centre d’activité, s’ajoutent notamment le cinéma Zawya et le cinéma El Tahrir, ainsi que les salles de Zamalek et les complexes VOX.
Cette répartition répond à une volonté exprimée par Mohamed Tarek : rapprocher les films d’un public plus large et faire vivre le festival dans différents espaces de la capitale.
Cairo Industry Days : renforcer la dimension professionnelle
Parallèlement aux projections, les Cairo Industry Days se tiendront du 14 au 19 novembre. Cette huitième édition réunit des initiatives consacrées au financement, au développement et à la circulation des projets cinématographiques.
Le Cairo Film Connection annonce 16 projets retenus pour sa phase finale et 50 récompenses. Le Marché du film du Caire comptera 37 stands, tandis que le programme professionnel prévoit 22 tables rondes et douze ateliers. Au total, 47 partenaires issus de treize pays sont annoncés.
Parmi les initiatives figure From Book to Screen, qui rapproche éditeurs et professionnels de l’audiovisuel autour de projets d’adaptation littéraire. Les rencontres et formations abordent également les évolutions de la production, de la distribution et des nouvelles technologies.
À l’approche de cette 47ᵉ édition, le CIFF se prépare à célébrer cinquante ans d’histoire sans limiter cet anniversaire à un regard sur le passé. Entre restauration du patrimoine, découverte de nouveaux talents, ouverture aux enfants et aux familles et développement de ses activités professionnelles, le festival multiplie les initiatives. Du 11 au 20 novembre, il restera à voir comment elles prendront forme, dans les salles comme dans les rencontres avec le public.
Neïla Driss
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