Douze jours qui font vivre toute une économie touristique
Chaque année, pendant douze jours, Cannes devient la capitale mondiale du cinéma. Mais derrière les stars, les marches et le tapis rouge se déploie une formidable économie touristique : hôtels, locations, restaurants, transports, commerces, réceptions et services vivent au rythme du Festival, tandis que le luxe y occupe également une place importante et que ses images font rayonner la destination dans le monde entier. Près de quatre-vingts ans après sa création, jusqu’où s’étendent réellement les retombées touristiques et économiques du Festival de Cannes ?
Tourismag consacre une enquête en deux parties à cette question. Dans ce premier volet, nous nous intéressons à ce qui se passe pendant le Festival : cette population qui fait presque tripler celle de Cannes, ceux que les statistiques ne comptent pas toujours, les touristes venus simplement vivre l’événement et toute l’économie qui se met en mouvement pour les accueillir.
ïƒ Lire la partie II : Au-delà du Festival, quand Cannes continue de faire voyager
Pendant des années, le Festival de Cannes a été pour moi un rêve. Chaque mois de mai, je suivais à la télévision les reportages qui montraient les marches, les stars, les soirées, la Croisette et toute cette effervescence qui semblait gagner la ville. Et il y avait le Carlton, l’hôtel des stars, omniprésent dans ces reportages et qui, pour moi, faisait partie intégrante de cet imaginaire cannois. Je rêvais de vivre un jour, même simplement en spectatrice, un peu de ce Cannes que je regardais de loin. J’en parlais tellement que mon mari a fini par décider de m’offrir ce voyage.
Ce rêve s’est réalisé en septembre 2009. Le Festival était terminé depuis près de quatre mois lorsque nous sommes partis passer un long week-end à Cannes. Je voulais retrouver le Cannes du Festival et des stars, aller dans les lieux qu’ils fréquentaient, déjeuner là où ils déjeunaient, parcourir cette ville que les reportages m’avaient rendue si familière. Nous avons séjourné au Carlton, loué une Mercedes décapotable et parcouru cette Croisette que j’avais si souvent vue à l’écran. Nous sommes naturellement allés au Palais des Festivals voir ses célèbres marches. Et puisque nous étions là, nous en avons aussi profité pour découvrir les environs, jusqu’à Saint-Paul-de-Vence, autre lieu associé dans mon esprit au cinéma et à ses stars. Rien de tout cela n’avait alors de rapport avec une manifestation cinématographique en cours. Nous étions simplement deux touristes. Pourtant, sans toutes ces images accumulées au fil des années grâce au Festival, ce voyage aurait-il seulement existé ?
Pendant douze jours, une ville change d’échelle
Chaque année au mois de mai, Cannes change brutalement de dimension. La ville, qui compte officiellement 74 350 habitants, voit sa population presque tripler pendant le Festival pour atteindre environ 200 000 personnes, selon la Mairie de Cannes [1].
Cette population temporaire est d’abord composée des professionnels du cinéma réunis à Cannes pendant le Festival et le Marché du Film : réalisateurs, acteurs, producteurs, distributeurs, vendeurs internationaux, acheteurs, responsables de festivals, représentants d’institutions cinématographiques, journalistes, photographes et techniciens. En 2026, le Festival a enregistré 39 993 accrédités venus de 140 pays, pour plus de 52 000 demandes d’accréditation déposées lors de cette 79e édition.[2] Pendant les douze jours de la manifestation, 508 séances ont été organisées.[3]
Au cœur de cette population professionnelle se trouvent également les participants au Marché du Film, immense versant professionnel de Cannes où se négocie une partie importante de l’avenir commercial des films. En 2026, il a réuni 16 000 participants venus de plus de 140 pays, dont 1 700 acheteurs, tandis que quelque 600 sociétés y exposaient. Environ 4 000 films et projets y étaient représentés, avec 1 500 projections et 250 événements professionnels programmés [4].
Pendant neuf jours, des films terminés cherchent des distributeurs et des acheteurs, tandis que des projets encore en développement tentent de trouver producteurs, coproducteurs ou financements. Les rendez-vous, parfois préparés plusieurs semaines à l’avance, se succèdent du matin au soir, dans les espaces du Marché et les pavillons, mais aussi dans les hôtels, les restaurants, sur les plages ou autour d’un café. Une partie de Cannes devient ainsi une extension des lieux de travail du cinéma.
Village International © Mathilde Gardel / FDC
Le Village international en constitue l’une des illustrations les plus visibles. Des pays y installent leurs pavillons pour promouvoir leur cinéma, accueillir leurs professionnels, présenter des projets et organiser rencontres, conférences ou réceptions. L’Égypte offre en 2026 un exemple particulièrement intéressant : son pavillon, installé sur le Pantiero face au Vieux-Port, réunissait notamment le Festival international du film du Caire, le Festival du film d’El Gouna et l’Egypt Film Commission. Le pays ne venait donc pas seulement présenter des films, mais utiliser Cannes comme une vitrine pour son industrie cinématographique, ses festivals et son territoire.
Mais les 39 993 accrédités ne représentent qu’une partie de tous ceux dont la présence à Cannes est provoquée par le Festival.
Au-delà des accrédités : tous ceux que le Festival ne peut pas compter
Les accréditations permettent de connaître avec précision la population officiellement rattachée au Festival. Elles ne permettent en revanche pas de mesurer toutes les personnes dont la présence à Cannes est directement provoquée par l’événement. Pour travailler pendant le Festival, il n’est pas toujours nécessaire d’avoir accès au Palais ou aux projections.
C’est d’abord le cas de l’entourage des célébrités. Un acteur ou une actrice peut arriver avec son agent, son attaché de presse, son assistant personnel, parfois son manager ou son garde du corps. À l’approche d’une montée des marches s’ajoutent stylistes, habilleurs, coiffeurs et maquilleurs. Certains disposent d’une accréditation parce que leur travail l’exige, d’autres non.
Le phénomène dépasse largement l’entourage des stars. Cannes attire pendant cette période des marques, agences de communication, créateurs et entrepreneurs qui souhaitent profiter de l’extraordinaire concentration de professionnels, de célébrités et de médias, sans avoir nécessairement d’activité à l’intérieur du Festival. De jeunes entrepreneurs viennent ainsi lancer ou promouvoir leurs marques de bijoux, de vêtements ou d’accessoires, souvent en faisant appel à des influenceurs pour leur donner de la visibilité. Ils n’ont pour cela aucun besoin d’être accrédités.
Les journalistes eux-mêmes ne se limitent pas à ceux qui ont obtenu une accréditation. Certains font le déplacement sans badge et couvrent ce qui leur est accessible : interviews organisées dans les hôtels ou les espaces privés, soirées, lancements, événements de marques, rencontres avec des professionnels ou simplement l’ambiance de la ville.
À cette population s’ajoutent enfin les équipes déployées à Cannes par les partenaires, les marques, les médias et les organisateurs d’événements, ainsi que les personnels venus spécialement travailler pendant cette période. Tous ne figurent pas nécessairement dans les statistiques du Festival.
Combien sont-ils au total ? Il est pratiquement impossible de le savoir. Leur présence produit pourtant des dépenses bien réelles en hébergement, restauration, transport, location d’espaces ou prestations diverses. Le badge mesure l’accès au Festival ; il ne mesure pas l’ensemble de l’économie humaine qui se constitue autour de lui.
Haute couture, beauté et joaillerie : l’autre industrie de Cannes
À Cannes, le cinéma ne vient jamais seul. Avec les acteurs et les actrices arrivent les maisons qui les habillent, les joailliers qui leur prêtent leurs bijoux et les marques de beauté qui préparent leur apparition. Pendant le Festival, une véritable industrie du luxe se déplace ainsi vers la Croisette.
Une montée des marches permet d’en mesurer la mécanique. Derrière une robe photographiée pendant quelques minutes dans le monde entier se trouvent une maison de couture, des essayages et toute une préparation. Les bijoux portés par les célébrités impliquent eux aussi une organisation particulière, notamment pour leur transport et leur sécurité. Le tapis rouge mobilise ainsi, bien au-delà du cinéma, plusieurs secteurs qui trouvent à Cannes une vitrine internationale exceptionnelle.

Festival de Cannes - Glamour © Aurélien Vélia / PDC
Le dispositif déployé par L’Oréal Paris donne une idée concrète de cette activité. Partenaire officiel du Festival, la marque a mobilisé en 2026 plus de 60 coiffeurs et maquilleurs à Cannes [5] et accueilli de nombreux ambassadeurs et invités, parmi lesquels Jane Fonda, Eva Longoria, Aishwarya Rai, Andie MacDowell, Alia Bhatt ou encore Simone Ashley. Elle organisait également ses propres opérations pendant le Festival, dont son dîner Women of Worth.
La joaillerie constitue un autre pan particulièrement visible de cette économie. Partenaire du Festival depuis 1998, Chopard ne se contente pas de réaliser la Palme d’or et les trophées remis aux lauréats. La maison profite de Cannes pour présenter chaque année sa Red Carpet Collection, dont l’édition 2026 comptait 79 créations de haute joaillerie, en référence à la 79e édition du Festival. Ses bijoux apparaissent sur le tapis rouge, tandis que sa présence se prolonge à travers le Trophée Chopard, des dîners et des réceptions [6].
Chopard est loin d’être seule. Pendant le Festival, de nombreuses maisons de joaillerie et de haute couture habillent ou parent les célébrités, organisent des rendez-vous, reçoivent des clients et profitent de la concentration exceptionnelle de photographes, de médias et de personnalités internationales. Certaines sont partenaires du Festival, d’autres n’entretiennent aucun lien officiel avec lui.
Derrière les partenaires, toute une économie de services
Les maisons de luxe ne sont qu’une partie des entreprises qui accompagnent le Festival. De nombreux partenaires officiels et fournisseurs déploient à Cannes des dispositifs qui dépassent largement la simple présence de leur logo sur le Palais ou la Croisette.
Le transport en donne une illustration particulièrement parlante. Partenaire automobile officiel, BMW a déployé en 2026 plus de 150 véhicules électrifiés pour assurer les déplacements des talents, des professionnels et des invités du Festival [7]. Une telle flotte suppose toute une organisation : rotations, prises en charge, nettoyage, recharge et disponibilité des véhicules tout au long de la journée et jusque tard dans la nuit.
Nespresso occupe de son côté plusieurs espaces pendant le Festival. Au Palais, la marque sert professionnels et invités, mais elle dispose également de sa Plage Nespresso, qui accueille déjeuners, rencontres et événements autour de chefs invités. Campari dispose notamment d’un lounge au Palais et organise ses propres événements, tout en étant présente dans plusieurs hôtels et plages de Cannes.
Ces trois exemples ne représentent qu’une partie des entreprises associées au Festival, qui compte également parmi ses partenaires Air France, Mastercard, Kering, S.Pellegrino et Acqua Panna, Dessange et plusieurs autres groupes.
Il faut toutefois distinguer deux phénomènes économiques. Une partie des personnes mobilisées par ces entreprises arrive à Cannes avec son propre emploi : un salarié envoyé sur place pendant le Festival ne constitue évidemment pas un emploi créé localement. Sa présence génère néanmoins des dépenses sur place. Parallèlement, les opérations déployées par ces entreprises peuvent nécessiter le recours à des prestataires et à du personnel recruté ou mobilisé localement.
Les touristes du Festival : venir à Cannes simplement pour être à Cannes
À tous ceux qui viennent travailler à Cannes s’ajoute une autre population, essentielle lorsqu’on s’intéresse aux retombées touristiques du Festival : ceux qui viennent précisément parce que le Festival a lieu, sans y exercer aucune activité professionnelle.
Certains viennent de l’étranger ou d’autres régions françaises et organisent un véritable séjour autour de l’événement. Ils n’ont pas d’accréditation, ne participent pas au Marché du Film et n’ont parfois accès à aucune projection. Ils viennent voir Cannes pendant le Festival, parcourir la Croisette en pleine effervescence, approcher le Palais, observer une montée des marches, attendre devant le Carlton ou le Martinez dans l’espoir d’apercevoir une célébrité et, tout simplement, partager pendant quelques jours cette atmosphère qu’ils connaissent par la télévision, la presse ou les réseaux sociaux.
Montée des marches - jour © Mathilde Petit-Boh / FDC
Il suffit de parcourir la Croisette pour constater leur présence. Des groupes se massent derrière les barrières lors des arrivées des célébrités, d’autres attendent devant les palaces ou passent des heures à proximité du Palais et des marches. On croise également des cinéphiles munis de petites pancartes demandant une invitation pour une projection. Tout un public vit ainsi le Festival depuis l’extérieur de ses espaces réservés.
À ces touristes qui séjournent à Cannes s’ajoute une importante fréquentation de proximité. Les week-ends notamment, des visiteurs arrivent de Nice, Antibes et des autres villes de la Côte d’Azur pour passer quelques heures ou une journée dans l’ambiance du Festival. Ils ne génèrent pas nécessairement de nuitées, mais déjeunent, dînent, s’installent à une terrasse, font du shopping ou achètent un souvenir.
Le Festival possède d’ailleurs sa propre économie du souvenir. Pendant la manifestation, cinq boutiques sont installées à Cannes, dont quatre accessibles au public sur la Croisette et une dans le Palais réservée aux accrédités [8] Affiches officielles, programmes, cartes postales, vêtements, casquettes, sacs, mugs, papeterie, bijoux et objets frappés de la Palme permettent de repartir avec un morceau symbolique du Festival. Et qui pourrait résister à ces souvenirs ? Comment ne pas être tenté par un drap de bain, une casquette ou même des vêtements pour enfants ? Plus qu’un simple souvenir, l’objet devient presque un signe d’appartenance que l’on est fier d’arborer, à la manière d’un accessoire de marque. Porter la Palme, c’est aussi montrer que, pendant quelques heures ou quelques jours, on a fait partie, d’une manière ou d’une autre, du plus grand festival de cinéma au monde. En 2026, l’affiche officielle était par exemple proposée à 25 euros, sa version collector dorée à 49 euros et le programme officiel à 20 euros [9]. La commercialisation se poursuit ensuite toute l’année sur la boutique en ligne.
Il est beaucoup plus difficile de connaître précisément le nombre de ces touristes et excursionnistes. Les statistiques hôtelières peuvent mesurer une partie de ceux qui passent la nuit, les données de transport une partie de ceux qui se déplacent, mais le Festival ne délivre évidemment aucun badge au visiteur venu de Nice pour la journée ou au touriste étranger qui passe son après-midi sur la Croisette.
Quand Cannes devient une immense salle de réception
Pendant les douze jours du Festival, Cannes vit vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Les premières projections commencent dès 8 h 30 et les dernières s’achèvent tard dans la nuit. Dès la mi-journée commencent également déjeuners, cocktails et réceptions, auxquels s’ajoutent les remises de prix, lancements, fêtes organisées autour des films, soirées de marques ou événements de délégations nationales. Le soir, les événements se multiplient et certaines fêtes se prolongent jusqu’à l’aube.
Les lieux qui les accueillent sont extrêmement divers. Les plages privées de la Croisette deviennent des espaces de réception, des restaurants, bars, terrasses et rooftops sont privatisés. La demande s’étend également aux appartements, villas et jardins, aux domaines et aux châteaux des environs, sans oublier les yachts amarrés dans les ports.
Les festivals étrangers profitent eux-mêmes de Cannes pour se faire connaître et entretenir leurs relations avec les professionnels du cinéma. Le Festival du film d’El Gouna en offre un bon exemple. Dès 2017, quelques mois avant sa toute première édition, il avait choisi Cannes pour son lancement international et organisé une réception sur le yacht des frères Sawiris [10]. Lors des éditions suivantes, El Gouna a de nouveau organisé à plusieurs reprises des cocktails à bord du yacht.

Le Festival international du film de la Mer Rouge a lui aussi fait de Cannes un rendez-vous régulier. Son Women in Cinema Gala y est organisé depuis plusieurs années et réunit acteurs, réalisateurs et personnalités internationales. En 2026, six femmes du cinéma venues notamment d’Indonésie, du Rwanda, d’Arabie saoudite, du Maroc, du Nigeria et d’Inde y ont été mises à l’honneur [11]. Plusieurs éditions de ce gala se sont déroulées à l’Hôtel du Cap-Eden-Roc, au Cap d’Antibes, montrant déjà que l’activité événementielle suscitée par Cannes dépasse les limites de la ville.
Les grandes entreprises partenaires disposent elles aussi de leur propre programmation. Kering, partenaire du Festival depuis 2015 à travers son programme Women In Motion, organise des rencontres et des Talks, mais également un important dîner annuel [12]. À une autre échelle, l’amfAR Gala Cannes constitue l’un des grands rendez-vous caritatifs et mondains de la période. L’édition 2026 s’est tenue le 21 mai à l’Hôtel du Cap-Eden-Roc, au Cap d’Antibes [13].
Ces événements ne représentent qu’une partie des cocktails, dîners, réceptions et soirées organisés pendant le Festival par des sociétés de production et de distribution, médias, fondations, délégations, festivals, marques et autres organismes.
Une réception de quelques heures peut représenter plusieurs jours de travail. Avant l’arrivée du premier invité, il faut parfois transformer complètement l’espace : installer du mobilier, créer un décor, apporter fleurs et éléments de scénographie, poser la signalétique, prévoir éclairage et sonorisation ou aménager une scène. Tout doit être transporté, livré et monté.
Viennent ensuite les prestations nécessaires à la réception elle-même. Traiteurs, cuisiniers, pâtissiers, serveurs et barmen préparent et servent les invités. Hôtes et hôtesses assurent l’accueil, des techniciens gèrent le son et la lumière, photographes et vidéastes couvrent l’événement, tandis que des agents de sécurité contrôlent les accès. Selon la nature de la soirée, il faut encore prévoir chauffeurs, voituriers, DJ, musiciens ou autres artistes. Après le départ des invités restent le nettoyage, le démontage des installations, la récupération du matériel et la remise en état du lieu.
Les palaces participent évidemment à cette économie. Leurs chambres et leurs suites peuvent devenir des lieux de rendez-vous, d’interviews, de présentation ou d’essayage, tandis que leurs restaurants, bars, terrasses et plages accueillent déjeuners, dîners et réceptions. Une villa peut temporairement devenir le siège d’une société, un showroom ou le lieu d’une soirée, et un appartement servir à la fois de logement et d’espace de travail.
Où faire dormir tout ce monde ?
Avec une population pratiquement multipliée par trois pendant le Festival, la question de l’hébergement devient centrale. La capacité hôtelière de Cannes ne peut évidemment pas absorber à elle seule une telle affluence.
Les hôtels sont naturellement les premiers bénéficiaires de cette pression exceptionnelle. Pendant le Festival, les hôtels 2, 3 et 4 étoiles de Cannes réalisent 15 % de leur chiffre d’affaires annuel, et les établissements 5 étoiles jusqu’à 20 %. Plus de 80 000 nuitées hôtelières avaient été enregistrées pendant l’édition 2023, alors que la ville disposait d’environ 6 000 chambres réparties dans quelque 120 établissements. En 2026, trois journées consécutives ont même dépassé les 90 % d’occupation hôtelière sur la Côte d’Azur pendant la période du Festival [14].
Le Festival transforme également les prix. Dans l’hôtellerie cannoise, les tarifs peuvent être multipliés par quatre ou cinq par rapport à une période beaucoup plus calme de l’année. Dans la location saisonnière, différentes données professionnelles font état de prix moyens multipliés par 2,5 à 3 pendant Cannes [15].
Appartements, studios et villas sont recherchés plusieurs mois à l’avance. Des sociétés louent des logements pour leurs équipes, des délégations s’installent ensemble et des professionnels se regroupent pour partager les frais. La proximité du Palais et de la Croisette devient alors un critère essentiel, au point que la superficie, le confort ou les prestations peuvent passer au second plan. Un studio minuscule, équipé d’un simple canapé-lit et d’une kitchenette, sans aucun service particulier, peut ainsi se louer plusieurs centaines d’euros la nuit dès lors qu’il se trouve à quelques minutes de la Croisette.
À l’autre extrémité de l’échelle, certains professionnels partagent des appartements à plusieurs pour pouvoir rester à Cannes. En 2026, une journaliste française expliquait ainsi avoir loué avec des confrères non pas une chambre, mais un lit : 30 euros la nuit pour dormir dans le salon et 50 euros pour un lit dans une chambre.
À Cannes, pendant le Festival, l’unité de location peut ainsi finir par devenir le simple lit. Dans les mois qui précèdent l’ouverture, des propositions de chambres et de couchages circulent. Certains habitants réorganisent temporairement leur propre logement pour dégager de la place. Il arrive que les enfants soient hébergés quelques jours chez leurs grands-parents afin que leur chambre puisse être louée. D’autres Cannois proposent une partie de leur appartement tout en continuant eux-mêmes à y vivre.
Une partie de cette activité reste difficile à mesurer. Toutes les locations ne passent pas par les grandes plateformes ou les agences immobilières. Certaines se concluent directement entre particuliers ou par relations personnelles. Elles correspondent pourtant à de véritables nuitées et à de véritables revenus générés par le Festival, sans nécessairement apparaître dans les statistiques disponibles.
Malgré cette mobilisation de toutes les formes d’hébergement, Cannes ne peut accueillir tout le monde. Lorsque les logements se raréfient ou deviennent trop chers, une partie des professionnels et des visiteurs se tourne vers Golfe-Juan, Juan-les-Pins, Antibes, Cagnes-sur-Mer, Saint-Laurent-du-Var ou Nice.
Les trains qui longent la Côte d’Azur en donnent chaque soir une illustration très concrète. Après les projections et les rendez-vous professionnels, les badges encore portés autour du cou permettent de repérer dans les wagons ceux qui quittent Cannes pour aller dormir dans une autre ville. Le lendemain matin, le mouvement s’effectue en sens inverse.
Cette solution trouve toutefois ses limites dans les horaires des transports nocturnes. Les projections se poursuivent tard dans la soirée, alors que les derniers trains desservant les communes voisines partent relativement tôt. Pour les accrédités logés hors de Cannes, cette situation peut donc rendre difficile ou même impossible l’accès aux projections les plus tardives, mais aussi à certaines soirées et rencontres professionnelles.
Les retombées suivent naturellement ces voyageurs. Celui qui dort à Nice, Antibes ou Juan-les-Pins peut y prendre son petit-déjeuner, dîner en rentrant, faire ses courses ou fréquenter les commerces. Il paie son hébergement dans une autre commune et utilise les transports pour rejoindre Cannes.
Restaurants, commerces et services : douze jours qui pèsent dans une année
L’hébergement n’est qu’une partie des dépenses générées par la population temporaire présente à Cannes. Pendant douze jours, il faut aussi manger, boire, se déplacer, faire des courses et utiliser une multitude de services.
La restauration en est l’un des exemples les plus visibles. Aux repas quotidiens s’ajoutent les déjeuners professionnels, les repas d’équipes et les rendez-vous organisés autour d’une table. Et cette activité ne se limite pas aux établissements de la Croisette : cafés, brasseries, restaurants plus éloignés du Palais, boulangeries ou établissements de restauration rapide bénéficient eux aussi de cette fréquentation exceptionnelle.
Le Festival fait également travailler des commerces auxquels on penserait moins spontanément. Les supermarchés et commerces alimentaires approvisionnent notamment les professionnels installés pour plusieurs jours dans des appartements. Pressings, blanchisseries, pharmacies, commerces de proximité, boutiques de vêtements ou services de livraison voient eux aussi arriver cette clientèle supplémentaire. Les fleuristes sont également sollicités pour décorer hôtels, réceptions, appartements et autres lieux d’événements.
Les métiers de la beauté connaissent également une demande particulière. Aux équipes que les grandes marques font venir avec elles s’ajoutent les professionnels locaux sollicités pendant le Festival. Coiffeurs, maquilleurs, manucures et autres prestataires travaillent pour les nombreuses personnes qui doivent se préparer pour une montée des marches, un gala ou une soirée.
Il en va de même pour les déplacements. Aux flottes mises en place par les partenaires officiels s’ajoutent taxis, VTC, chauffeurs privés, transferts depuis l’aéroport de Nice, trains et autres services de transport. Les besoins de transport s’étendent ainsi sur une très large amplitude horaire, les journées commençant tôt et les soirées pouvant se prolonger jusqu’à l’aube.
Selon les chiffres communiqués par le Festival à partir des données de la Ville de Cannes, les retombées économiques approchent désormais 220 millions d’euros en 2026 [16].
Neïla Driss
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[1] INSEE, Populations de référence 2023 – Commune de Cannes ; Ville de Cannes, Cannes en chiffres.
[2] Festival de Cannes, Bilan de la 79e édition ; Festival de Cannes, À mi-parcours, la 79e édition confirme son élan.
[3] Tourismag, Cannes 2026 : ce que racontent les chiffres du Festival.
[4] Marché du Film, The Marché du Film Maintains Record Levels of Participation and Confirms Its Global Leadership, 2026.
[5] L’Oréal Paris, Festival de Cannes 2026.
[6] Festival de Cannes, Partenaires officiels ; Chopard, Red Carpet Collection 2026.
[7] BMW Group, BMW at the 79th Cannes Film Festival, 2026.
[8] Festival de Cannes, Catalogue officiel 2026.
[9] Festival de Cannes, Boutique officielle – Collection du 79e Festival de Cannes, 2026.
[10] El Gouna Film Festival, El Gouna Film Festival Reception in Cannes, 2017.
[11] Red Sea Film Foundation, Women in Cinema, Cannes 2026.
[12] Kering, Women In Motion – Festival de Cannes.
[13] amfAR, amfAR Gala Cannes 2026.
[14] Nice-Matin, « Festival de Cannes : 80 000 nuitées, 120 établissements, 6 000 chambres… », 24 mai 2024 ; Côte d’Azur France Tourisme, Baromètre Tourisme – Mai 2026.
[15] Welkeys, Comment louer pendant le Festival de Cannes : guide complet.
[16] Festival de Cannes, Thierry Frémaux livre le bilan de la 79e édition à Variety, 12 juin 2026.









