Partie II/II — Au-delà du Festival, quand Cannes continue de faire voyager
Pendant douze jours, le Festival de Cannes transforme profondément la ville et son économie touristique. Mais ses retombées ne s’arrêtent pas avec la dernière montée des marches. Chaque année, les images de Cannes, de la Croisette et de son univers de luxe circulent dans le monde entier, portées par des milliers de journalistes, les télévisions, les réseaux sociaux et parfois même le cinéma lui-même. Quelle est la valeur de cette exposition mondiale pour la destination, et peut-elle continuer à produire des effets bien après la fin du Festival ?
Tourismag consacre une enquête en deux parties aux retombées touristiques et économiques du Festival de Cannes. Après avoir étudié, dans un premier volet, l’économie générée pendant les douze jours du Festival, cette seconde partie s’intéresse à ce qui est beaucoup plus difficile à mesurer : le rayonnement international de Cannes, les voyages que ses images peuvent susciter et les retombées qui se prolongent au-delà de l’événement. Elle pose enfin une autre question : ce modèle construit au fil de près de quatre-vingts ans peut-il inspirer d’autres destinations ?
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Cannes, une vitrine mondiale pour la destination
Les retombées du Festival ne se mesurent pas uniquement à ce qui est dépensé à Cannes pendant douze jours. Pendant cette période, la ville bénéficie également d’une exposition mondiale exceptionnelle et devient le décor permanent de l’événement.
La puissance des médias traditionnels reste considérable. En 2026, environ 4 000 journalistes venus de 85 pays étaient accrédités. Derrière eux se trouvent journaux, magazines, agences de presse, radios, sites d’information et chaînes de télévision du monde entier. Les télévisions installent leurs équipes, réalisent des interviews, enregistrent des émissions et multiplient les directs.

Photographes © FDC
Les bilans publiés à l’issue de l’édition 2026 donnent une idée de l’ampleur de cette exposition. France Télévisions a touché 35 millions de Français avec l’ensemble de son dispositif consacré au Festival et totalisé 370 millions de vidéos vues sur ses réseaux sociaux. Brut, partenaire officiel du Festival, a de son côté enregistré 1,42 milliard de vues dans le monde, soit une progression de 95 % par rapport à 2025. À ces bilans définitifs s’ajoutent les chiffres communiqués par le Festival au 20 mai : depuis l’annonce de la Sélection officielle, le 10 avril, ses comptes officiels avaient déjà généré plus de 337 millions de vues, soit une hausse de plus de 273 % par rapport à la même période en 2025 [1]. Une telle exposition représente pour Cannes une visibilité internationale qu’une campagne classique de promotion touristique pourrait difficilement égaler.
Mais la diffusion dépasse largement les médias et les comptes officiels. Les acteurs publient leur arrivée, les maisons de couture les robes de leurs ambassadrices, les joailliers leurs parures, les partenaires leurs événements, les festivals étrangers leurs réceptions. Les influenceurs montrent les coulisses de leur séjour, les professionnels partagent leurs rencontres et les touristes photographient la Croisette, les marches, les palaces, la mer ou la célébrité qu’ils viennent d’apercevoir.
Les 140 pays représentés parmi les accrédités donnent à cette circulation des images une dimension véritablement mondiale. Chaque personne présente peut photographier, filmer et partager son expérience auprès de sa propre communauté, qu’il s’agisse de quelques dizaines de proches ou de plusieurs millions d’abonnés.
Et ce qui circule n’est pas uniquement l’image du Festival. Derrière une photographie d’une star apparaissent les marches et le Palais ; derrière une robe photographiée sur une terrasse, la Méditerranée ; derrière une interview, une plage ou un palace. Le visiteur peut tout aussi bien publier son déjeuner, sa promenade sur la Croisette ou son coucher de soleil. Le contenu consacré au cinéma devient alors, parfois involontairement, un contenu de promotion touristique.
Cette exposition se prolonge bien après la clôture. Les photographies et les vidéos restent en ligne, les articles demeurent accessibles, les reportages continuent à circuler et renouvellent chaque année les images de Cannes auprès de publics qui, pour beaucoup, n’y sont jamais venus. Et lorsque le Festival est terminé, les marches du Palais restent elles-mêmes une attraction touristique : toute l’année, des visiteurs viennent les voir et s’y photographier.
La puissance de cet imaginaire cannois se mesure également à la place que le Festival a prise dans la fiction. Au fil des années, Cannes et son Festival sont devenus des décors de cinéma et de séries : les productions viennent y chercher les marches, le tapis rouge, les palaces et cette effervescence immédiatement associée au mois de mai. Femme Fatale, Festival in Cannes, Mr. Bean’s Holiday ou Cinécittà ont ainsi intégré le Festival à leur récit. Plus récemment, la quatrième saison de The White Lotus a choisi à son tour Cannes et la Côte d’Azur, avec notamment des scènes destinées à reconstituer le Festival après sa clôture [2]. Ces tournages font venir à Cannes des équipes parfois importantes qui y séjournent et y consomment, générant à leur tour une activité économique sur le territoire. Le mécanisme est alors particulièrement intéressant : après avoir acquis sa notoriété grâce aux images diffusées dans le monde entier, le Festival devient lui-même un décor recherché par le cinéma et les séries, qui contribuent ensuite à diffuser de nouvelles images de Cannes auprès de leurs propres publics.
Pendant douze jours, toute la ville respire au rythme du Festival
Pendant le Festival, le cinéma ne reste pas enfermé dans les salles du Palais : il investit Cannes tout entière. La Croisette, les rues, les façades et jusqu’aux vitrines des commerces se mettent au rythme de l’événement. Les maisons de haute couture et de joaillerie exposent leurs créations les plus spectaculaires, mais elles sont loin d’être les seules. Boutiques de prêt-à-porter, magasins de souvenirs, librairies, magasins de meubles, salons de coiffure et bien d’autres commerces adoptent eux aussi une décoration spéciale. Certains imaginent de véritables mises en scène autour du cinéma et des symboles du Festival ; d’autres se contentent d’afficher l’affiche officielle de l’édition.
L’espace public participe lui aussi à cette transformation. Sur la Croisette, la grande Palme dorée portant le nom du Festival de Cannes est devenue un véritable point de rendez-vous photographique. Les visiteurs viennent poser devant elle et, à certains moments, il faut même attendre son tour pour repartir avec sa photo-souvenir. Chaque édition réserve également ses propres découvertes : sculptures monumentales, installations ou expositions consacrées au cinéma apparaissent dans la ville, jusque sur les murs ou les façades des bâtiments. Même sans accréditation et sans billet pour une projection, le visiteur peut ainsi participer au Festival simplement en parcourant Cannes.
La Ville profite également de la présence internationale des accrédités pour leur faire découvrir un autre visage de Cannes. Chaque année, la Mairie organise notamment sur la place de la Castre, au Suquet, un déjeuner provençal auquel sont conviés des accrédités du Festival. L’occasion de quitter quelques heures le périmètre du Palais et de la Croisette pour découvrir le quartier historique, ses hauteurs et une autre facette de l’identité cannoise, à travers notamment musiques, danses et spécialités locales.
La configuration de Cannes facilite aussi cette porosité entre activité professionnelle et découverte de la destination. Le Palais se trouve à quelques minutes à pied des rues commerçantes, du Vieux-Port et de la Croisette. Malgré des emplois du temps souvent très chargés entre projections, conférences de presse, interviews et rendez-vous professionnels, un intervalle suffit pour faire quelques achats, flâner sur la Croisette ou profiter de la ville avant de retourner voir un film.
Le week-end, la brocante des Allées de la Liberté en fournit un autre exemple. Installée face au Vieux-Port, à quelques minutes du Palais, elle permet de chiner entre deux séances. Livres anciens, tableaux, porcelaines, objets de collection ou bibelots peuvent ainsi repartir dans les bagages d’un festivalier venu à Cannes avant tout pour le cinéma.

Devant la fresque « Le 7e Art », place du 18 Juin à Cannes. © Neïla Driss
Cette identité cinématographique se prolonge bien au-delà des douze jours du Festival. Cannes en a fait une véritable composante de son offre touristique : le Chemin des étoiles et les empreintes de personnalités du cinéma, les murs peints consacrés au septième art ou encore les lieux de tournage de films célèbres permettent de parcourir la ville à travers son histoire cinématographique. L’Office de tourisme, installé au rez-de-chaussée même du Palais des Festivals, propose également des visites guidées sur le thème du cinéma, tandis que des opérateurs privés commercialisent leurs propres circuits mêlant histoire de Cannes, Festival et cinéma. Le septième art devient ainsi, toute l’année, une autre manière de découvrir la ville.
Un investissement public qui rapporte bien au-delà du cinéma
Un événement de cette ampleur suppose également un investissement de la collectivité. Pendant douze jours, la Ville doit adapter son fonctionnement à une fréquentation exceptionnelle : circulation, sécurité, propreté, gestion de l’espace public, signalétique et organisation des accès. Les rues autour du Palais changent de fonctionnement et certains espaces sont occupés par les installations du Festival et du Marché.
À cela s’ajoute le Palais des Festivals et des Congrès, équipement indispensable à la manifestation. Mais cette infrastructure ne fonctionne évidemment pas uniquement pendant les douze jours du Festival. Elle accueille salons, congrès, marchés et événements professionnels tout au long de l’année et inscrit Cannes dans une stratégie plus large de tourisme d’affaires et d’événementiel.
En 2025, le Palais des Festivals et des Congrès a accueilli 168 événements sur 340 jours d’exploitation, soit une activité presque continue tout au long de l’année. Ces manifestations ont attiré près de 380 000 professionnels et généré 561 828 nuitées. Les retombées économiques liées à cette activité événementielle annuelle sont estimées à 1,2 milliard d’euros [3].
Ces chiffres concernent l’ensemble de l’activité du Palais, et non le seul Festival de Cannes. La ville accueille également des rendez-vous professionnels majeurs comme le MIPIM, Cannes Lions ou le TFWA World Exhibition & Conference. Congrès, salons et marchés permettent ainsi à Cannes de faire fonctionner son économie événementielle pratiquement toute l’année.
Dans cet écosystème, le Festival occupe néanmoins une place particulière. Pendant près de huit décennies, il a contribué non seulement à construire l’image internationale de Cannes, mais aussi à développer son savoir-faire dans l’accueil de manifestations de très grande ampleur. Le Palais qui reçoit chaque mois de mai le monde du cinéma est ainsi devenu un outil économique capable d’attirer, le reste de l’année, des centaines de milliers de professionnels venus pour de tout autres secteurs.
De Cannes à la Côte d’Azur, puis à la France
Cannes attire parce que Cannes concentre. Pendant douze jours, professionnels du cinéma, médias, marques, partenaires et visiteurs se retrouvent sur un territoire relativement restreint. Mais lorsque la ville ne suffit plus à absorber cette affluence, les retombées du Festival débordent naturellement ses limites.
L’hébergement en fournit l’exemple le plus évident. Nous l’avons vu, une partie des professionnels et des visiteurs dort à Golfe-Juan, Juan-les-Pins, Antibes, Cagnes-sur-Mer, Saint-Laurent-du-Var ou Nice et rejoint Cannes quotidiennement. Certains grands événements franchissent eux aussi les limites de la commune, à l’image des galas organisés au Cap d’Antibes. L’aéroport de Nice constitue par ailleurs l’une des principales portes d’entrée des visiteurs internationaux. Le Festival porte le nom de Cannes, mais une partie de l’activité touristique qu’il génère appartient déjà à la Côte d’Azur.
Le Festival peut également être le motif initial d’un voyage qui se transforme ensuite en véritable séjour touristique. Des proches rejoignent un festivalier pour quelques jours, des visiteurs viennent spécialement profiter de l’ambiance de Cannes, puis prolongent leur séjour pour découvrir les villes et villages de la Côte d’Azur, le littoral ou l’arrière-pays. Certains poursuivent encore leur voyage au-delà de la région. Le déplacement initialement motivé par le Festival devient alors le point de départ d’un circuit touristique beaucoup plus large.
À mesure que l’on s’éloigne de Cannes, ces retombées deviennent cependant de plus en plus difficiles à identifier. Un voyageur qui dort à Nice parce que Cannes est complet peut encore être assez facilement rattaché au Festival. Celui qui, après quelques jours à Cannes, prolonge son séjour pour visiter la Côte d’Azur l’est déjà beaucoup moins. Pourtant, dans les deux cas, la dépense trouve son origine dans un déplacement provoqué par le Festival.
Pour un visiteur venu d’un pays lointain, le voyage peut se prolonger encore davantage. Certains transitent par Paris ou par une autre ville française avant de rejoindre la Côte d’Azur et peuvent profiter du déplacement pour y séjourner quelques jours avant ou après le Festival. Une chambre réservée à Paris, un billet de train, une entrée dans un musée, un dîner ou des nuits supplémentaires seront comptabilisés là où ils ont été consommés, sans que rien permette nécessairement de savoir que le voyage en France avait initialement pour raison le Festival de Cannes.
À ces dépenses s’ajoute la dimension promotionnelle. Lorsque les images du Festival circulent dans le monde, elles montrent aussi la Méditerranée, les palaces, les terrasses, la Croisette, la mode, la gastronomie et le luxe associés à une certaine représentation de la destination France.

Cannes, vue mer © Mathilde Gardel / FDC
Cannes, un modèle exportable ?
Le Festival de Cannes constitue un cas exceptionnel par son ancienneté, sa puissance médiatique et la relation presque indissociable qui s’est créée, au fil des décennies, entre le nom de la ville et celui de son festival. Il serait donc illusoire d’imaginer qu’il suffirait à une destination de créer un festival de cinéma pour reproduire les mêmes effets. Mais le modèle cannois pose une question : dans quelle mesure un grand événement cinématographique peut-il devenir, au-delà de sa vocation culturelle, un véritable outil d’attractivité touristique ?
D’autres festivals entretiennent eux aussi une relation étroite avec leur destination. À Venise, l’un des plus anciens festivals de cinéma au monde s’inscrit dans une ville qui était déjà une destination touristique internationale majeure. Le Lido, les arrivées de stars et les images de la Mostra ajoutent chaque année une nouvelle couche de visibilité à une destination qui n’en manque pourtant pas. Marrakech associe également son festival à une ville dont l’image touristique est déjà extrêmement forte : les stars internationales, les palaces, les décors marocains et les événements organisés autour du festival participent à leur tour à la circulation mondiale de cette image.
El Gouna constitue un cas particulièrement intéressant parce que le rapport entre festival et destination y a été pensé dès l’origine. Fondé en 2017 dans cette station balnéaire égyptienne de la mer Rouge, le Festival du film d’El Gouna devait bien sûr s’imposer comme un rendez-vous cinématographique, mais aussi contribuer à la notoriété de la destination qui l’accueillait. La présence de stars, de professionnels et de médias internationaux permettait de donner à El Gouna une visibilité bien au-delà des circuits habituels de promotion touristique. La logique diffère donc de celle de Cannes, où près de huit décennies ont progressivement rendu la ville et son Festival presque indissociables : à El Gouna, le cinéma a été utilisé dès le départ comme un instrument de promotion de la destination. Avec une particularité supplémentaire : El Gouna étant également un projet immobilier, cette visibilité peut non seulement donner envie d’y séjourner ou d’y revenir, mais aussi d’y acquérir une résidence.
Le Festival international du film de la Mer Rouge s’inscrit dans une autre logique. À Djeddah, le cinéma accompagne une stratégie beaucoup plus vaste de transformation de l’image et de développement touristique de l’Arabie saoudite. Le festival n’est qu’un élément d’une politique culturelle et touristique nationale, mais les stars, professionnels et médias internationaux qu’il attire participent eux aussi à montrer une destination encore peu familière à une grande partie du public international.
Le Caire présente presque le cas inverse. La capitale égyptienne et, plus largement, l’Égypte n’ont évidemment pas besoin d’un festival de cinéma pour exister dans l’imaginaire touristique mondial. Mais dans le monde arabe, le cinéma égyptien a lui-même été pendant des décennies l’une des plus formidables publicités pour Le Caire. Des générations entières ont grandi avec les films égyptiens, se sont familiarisées à travers l’écran avec les rues, les quartiers, les cafés et l’atmosphère de la capitale, et ont rêvé de découvrir un jour cette ville devenue familière avant même d’y avoir mis les pieds. Pour certains cinéphiles arabes, assister au Festival international du film du Caire peut ajouter une dimension particulière à ce voyage : entrer dans cette capitale du cinéma et peut-être y rencontrer les stars avec lesquelles ils ont grandi.
Ces exemples montrent qu’il n’existe pas un modèle unique à reproduire. À Cannes, le Festival et la destination se sont nourris mutuellement pendant des décennies. À Venise ou au Caire, le festival s’appuie sur une destination déjà mondialement célèbre. À El Gouna, il a été conçu comme l’un des instruments de promotion de la destination. À Djeddah, il participe à une stratégie touristique et culturelle nationale beaucoup plus large.
La véritable leçon de Cannes n’est donc peut-être pas qu’un festival de cinéma peut être exporté comme une formule, mais qu’un événement culturel, lorsqu’il entretient une relation suffisamment forte avec le territoire qui l’accueille, peut contribuer à fabriquer une image de destination et, parfois, donner envie de faire le voyage.
Sans le Festival, je n’aurais peut-être jamais visité Cannes
« Le Festival de Cannes est non seulement le premier festival de cinéma, mais aussi la plus grande manifestation culturelle au monde », déclarait Thierry Frémaux en 2015 devant la Commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale. Il estimait alors que Cannes était le seul événement culturel capable de rivaliser, en termes de couverture médiatique, avec trois des plus grands événements mondiaux : le Tour de France, la Coupe du monde de football et les Jeux olympiques [4].
Cette comparaison donne la mesure de ce que représente le Festival pour une ville de quelque 75 000 habitants. Pendant douze jours, l’un des événements les plus médiatisés au monde porte son nom et en diffuse les images sur toute la planète. Cannes était une destination touristique bien avant la création de son Festival. Mais près de quatre-vingts ans plus tard, il est difficile d’imaginer ce que serait aujourd’hui son image internationale sans lui.
Ce rayonnement dépasse les limites de la ville. Chaque mois de mai, ce sont aussi la Méditerranée, la Côte d’Azur et, plus largement, une certaine image de la France qui apparaissent derrière les stars, les films et le tapis rouge. Le Festival n’a évidemment pas fait de la France la première destination touristique mondiale, mais il participe depuis des décennies à cette formidable exposition internationale.
Reste tout ce qui ne pourra probablement jamais être mesuré : les voyages que ces images ont suscités. Combien de personnes ont découvert Cannes à la télévision, dans la presse, au cinéma ou sur les réseaux sociaux et ont eu envie, un jour, de voir la Croisette pour de vrai ? Combien y sont venues pendant le Festival, mais aussi plusieurs mois ou plusieurs années plus tard ? Combien ont profité de ce premier voyage pour découvrir ensuite la Côte d’Azur ou d’autres régions françaises ?
C’est exactement ainsi que Cannes est entrée dans ma propre vie. En septembre 2009, je n’étais ni accréditée ni critique venue couvrir le Festival. J’étais une touriste qui avait tellement vu Cannes au mois de mai qu’elle avait fini par vouloir découvrir cette ville pour de vrai. Sans toutes ces images du Festival, je n’aurais probablement jamais eu l’idée d’y passer ce long week-end.

Devant le Carlton, lors de mon premier séjour à Cannes en 2009. © Neïla Driss
Moins de quatre ans plus tard, en mai 2013, j’y revenais avec une accréditation autour du cou pour vivre de l’intérieur ce Festival que j’avais si longtemps regardé de loin. Et ce retour allait devenir un rendez-vous annuel : depuis 2013, je suis retournée chaque année à Cannes pour le Festival.
Au fil de ces séjours, j’ai aussi découvert ce qu’il y avait au-delà de Cannes. Il m’est arrivé de rester après la clôture du Festival pour visiter les environs, de parcourir la région et de le faire avec des amis rencontrés justement grâce à Cannes. Le Festival m’avait d’abord donné envie de découvrir une ville ; il m’a ensuite donné des raisons d’y revenir et, de là, d’aller voir plus loin.
Treize ans après ma première accréditation, cet article est aussi l’aboutissement de cette histoire. Sans le Festival, je n’aurais peut-être jamais visité Cannes. Et sans toutes ces années passées à Cannes pendant le Festival, je n’aurais probablement jamais mesuré à quel point, derrière le cinéma, il y avait aussi une formidable machine à faire voyager.
Neïla Driss
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[1] France Télévisions, Une couverture exceptionnelle du Festival de Cannes sur les antennes linéaires et les réseaux sociaux de France Télévisions, 25 mai 2026 ; Festival de Cannes, Thierry Frémaux livre le bilan de la 79e édition à Variety, 12 juin 2026 ; Festival de Cannes, Cannes 2026 : une visibilité mondiale au service du cinéma, 21 mai 2026.
[2] Neïla Driss, « Cannes 2026 | Filmer le Festival : ce que révèle le cas The White Lotus », Tourismag, 30 mai 2026.
[3] Palais des Festivals et des Congrès de Cannes, « Nicolas Gorjux devient Président du Palais des Festivals et des Congrès de Cannes », 2026.
[4] Assemblée nationale, Commission des affaires culturelles et de l’éducation, audition de Pierre Lescure et Thierry Frémaux, 15 avril 2015.









