À l'occasion de sa 47e édition, qui se tiendra du 11 au 20 novembre 2026, le Festival international du film du Caire (CIFF) a conclu un partenariat avec le groupe culturel égyptien Bait El Hekma, chargé de publier les six ouvrages de cette édition. Signé par Hussein Fahmy, président du festival, et Ahmed El-Said, fondateur et président-directeur général de Bait El Hekma, cet accord comporte également un second volet : la participation de l'éditeur au nouveau programme From Book to Screen, organisé dans le cadre des Cairo Industry Days pour favoriser les adaptations d'œuvres littéraires au cinéma et à la télévision.
Cette collaboration intervient alors que le CIFF célèbre les cinquante ans de sa création, en 1976. Elle s'inscrit dans une tradition éditoriale ancienne, celle des livres publiés à l'occasion des festivals pour documenter les parcours des artistes, recueillir les témoignages des professionnels et approfondir la connaissance de l'histoire du cinéma.
« Au Festival du Caire, nous considérons que notre rôle ne se limite pas à projeter des films et à rendre hommage à leurs créateurs. Il consiste également à promouvoir la culture cinématographique et à transmettre l'expérience et le savoir aux nouvelles générations. Le livre est une composante essentielle de cette mission, car il préserve l'expérience des artistes et des créateurs et permet aux chercheurs comme au public de la découvrir plus en profondeur », explique Hussein Fahmy.
Une tradition éditoriale qui remonte à plusieurs décennies
Le Festival international du film du Caire accompagne depuis longtemps chacune de ses éditions de publications consacrées au cinéma. Ces ouvrages, distincts des catalogues de programmation, s'intéressent aussi bien aux personnalités du septième art qu'aux cinématographies nationales, à l'histoire du cinéma ou à des aspects plus spécialisés de la création cinématographique.
Il est toutefois difficile de déterminer à quand remonte exactement cette tradition. Les plus anciens ouvrages retrouvés dans les archives du CIFF datent de 1991, lors de sa 15e édition, mais rien ne permet d'affirmer qu'il n'en existait pas auparavant. Une enquête de la revue égyptienne Al Film, consacrée aux publications du festival, a d'ailleurs mis en évidence les difficultés rencontrées pour retrouver certains livres anciens et établir un inventaire complet des ouvrages publiés au fil des éditions.
Cette activité éditoriale s'est également accompagnée d'initiatives visant à élargir la diffusion des ouvrages. Ainsi, en 2014, pour sa 36e édition, le CIFF avait annoncé la publication de douze livres spécialisés, en collaboration avec l'Organisme général égyptien du livre. L'accord prévoyait l'impression de 3 000 exemplaires de chaque titre, dont 2 000 destinés à être commercialisés dans les points de vente de cet organisme.
Dix ans plus tard, en 2024, le CIFF confiait la publication de ses livres à la maison d'édition égyptienne Risha. Son fondateur, Hussein Osman, évoquait alors la nécessité de les rendre accessibles au grand public, au-delà des invités et des journalistes du festival. En 2025, il annonçait également la disponibilité des six ouvrages de cette édition sous forme électronique.
La question de la diffusion et de l'accès à ces publications n'est donc pas nouvelle. Pourtant, le communiqué annonçant le partenariat avec Bait El Hekma ne précise pas les modalités de distribution des six ouvrages prévus pour 2026. Seront-ils commercialisés en librairie ou principalement distribués aux invités du festival ? Des versions numériques seront-elles proposées ? Pourront-ils être acquis en dehors de l'Égypte ? Et qu'en est-il des publications anciennes : une réédition ou une numérisation est-elle envisagée ? L'absence de précisions est d'autant plus regrettable que ces questions avaient déjà été soulevées lors des éditions précédentes.
D'autres festivals égyptiens possèdent également une activité éditoriale. Le Festival du cinéma africain de Louxor publie notamment des ouvrages consacrés aux artistes et aux cinématographies africaines. En 2022, ses publications comprenaient des livres sur Hussein Fahmy et le cinéaste tunisien Férid Boughedir. Quant au Festival international du cinéma d'Alexandrie pour les pays méditerranéens, il avait, selon un bilan publié en 2020, édité 87 ouvrages au cours des sept éditions précédentes.
Six nouveaux ouvrages pour la 47e édition
Parmi les six ouvrages annoncés pour cette 47e édition, celui de Khaled Abdelaziz occupe une place particulière. Intitulé Les films de la Pyramide d'or (1976-2025)… Un regard de près, il revient sur les œuvres qui ont remporté la récompense suprême du CIFF depuis sa première édition, organisée en 1976. En cette année où le festival célèbre le cinquantième anniversaire de sa création, ce livre permet de revisiter son histoire à travers les films primés.
L'histoire du festival a déjà fait l'objet de publications. En 2018, notamment, à l'occasion de sa 40e édition, sous la présidence de Mohamed Hefzy, Moheb Gameel avait signé un ouvrage retraçant les quarante éditions du CIFF.

Quatre autres publications sont consacrées à des personnalités honorées cette année. La critique Safaa El-Leithy signe Asser Yassin… le chevalier audacieux, consacré à la carrière de cet acteur égyptien, qui recevra le prix Faten Hamama d'excellence.

Le scénariste et poète Medhat El-Adl fait, quant à lui, l'objet d'un livre d'Amgad Gamal, Medhat El-Adl… le cinéma de la génération perplexe, qui revient sur son expérience et ses contributions au cinéma égyptien.

Un autre ouvrage présente une particularité : il est écrit par la personnalité à laquelle il est consacré. Dans La pensée du film et l'œil du cinéma, le directeur de la photographie Saeed Shimi revient lui-même sur sa longue expérience derrière la caméra. Il y expose sa conception de la photographie cinématographique et sa réflexion sur les rapports entre l'image et la construction du sens.

Enfin, Hassan Salama consacre une étude au réalisateur italien Matteo Garrone. Intitulé Le cinéma de Matteo Garrone… l’histoire de l'étranger, l'ouvrage explore son univers cinématographique et les particularités de sa démarche créative.

Le sixième livre s'intéresse au cinéma de genre. Dans Promenade nocturne… Lectures de films de genre, Karim El-Dalil propose des analyses de films d'horreur, de thrillers, de science-fiction et d'autres genres cinématographiques, en examinant leurs caractéristiques artistiques et narratives.

Bait El Hekma, de l'édition cinématographique aux adaptations littéraires
Fondé en 2011, le groupe culturel égyptien Bait El Hekma s'est notamment développé autour des échanges culturels entre la Chine et le monde arabe, à travers l'édition et la traduction. Il a publié plus de mille titres traduits et reçu plusieurs distinctions, dont le prix du meilleur éditeur arabe en 2026.
Ahmed El-Said, à la tête du groupe, souligne l'importance de cette collaboration pour la conservation du patrimoine cinématographique : « Les livres du festival préservent sa mémoire : ce qui est projeté sur un écran pendant quelques jours trouve dans le livre une vie plus longue. »
Mais l'accord signé avec le CIFF ne se limite pas à la publication des six ouvrages. Bait El Hekma participera également à From Book to Screen, un nouveau programme organisé cette année pour la première fois dans le cadre des Cairo Industry Days.
Cette initiative vise à mettre en relation les maisons d'édition avec les producteurs, réalisateurs et scénaristes, afin de présenter à ces professionnels du cinéma des œuvres littéraires susceptibles d'être adaptées au cinéma ou à la télévision. Elle prévoit également des échanges professionnels autour des droits d'adaptation, de la propriété intellectuelle et du développement de projets communs.
J’ai déjà présenté en détail cette nouvelle initiative, les maisons d'édition participantes et les œuvres littéraires sélectionnées dans mon article consacré au programme From Book to Screen.
Hussein Fahmy insiste particulièrement sur cet aspect du partenariat : « Ce qui m'importe également dans ce partenariat, c'est qu'il ouvre un espace de coopération entre l'édition et la production cinématographique, à travers le programme From Book to Screen. Nous disposons d'une littérature arabe riche en idées, en histoires et en personnages qui méritent de parvenir au public sous forme d'œuvres cinématographiques et télévisuelles. »
Note : Les titres des six ouvrages, annoncés en arabe par le Festival international du film du Caire, ont été traduits en français pour les besoins de cet article.
Neïla Driss
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