Du 14 au 19 novembre 2026, les Cairo Industry Days (CID) tiendront leur huitième édition dans le cadre du 47e Festival international du film du Caire, qui célèbre cette année le cinquantième anniversaire de sa création. Avec 47 partenaires issus de treize pays, 22 rencontres thématiques, douze ateliers et un Marché du film comptant 37 stands, cette plateforme professionnelle poursuit son développement. Mais au-delà de ces chiffres, c'est surtout l'évolution de son rôle dans l'industrie cinématographique égyptienne et arabe qui mérite attention.
Financer un film constitue déjà un défi. Encore faut-il trouver les partenaires capables de l'accompagner, réunir les conditions nécessaires à sa réalisation, puis lui permettre d'atteindre les festivals, les distributeurs et les spectateurs.
L'ambition affichée par Mohamed Sayed, responsable des CID, va désormais plus loin : transformer cette manifestation annuelle en une plateforme capable d'accompagner les professionnels tout au long de l'année.
Le Cairo Film Connection : des projets qui sont devenus des films
Créé en 2010, le Cairo Film Connection (CFC) a connu une interruption en 2017, avant de reprendre l'année suivante dans le cadre des Cairo Industry Days, lancés par Mohamed Hefzy, alors président du Festival international du film du Caire. Sa douzième édition réunit seize projets de longs métrages arabes sélectionnés parmi 195 candidatures : neuf fictions en développement, quatre documentaires en développement et trois documentaires en postproduction.
Le principe consiste à permettre aux réalisateurs et producteurs de présenter leurs projets à des professionnels susceptibles de contribuer à leur réalisation. Ces rencontres peuvent déboucher sur des partenariats de coproduction, des aides financières, des prestations techniques ou des collaborations avec des distributeurs et des organismes spécialisés.
Cette année, cinquante récompenses et soutiens sont annoncés, sous forme financière ou en nature. Leur nombre témoigne de la diversité des partenaires mobilisés, mais ne permet pas, à lui seul, d'évaluer les résultats du dispositif.
Parmi les exemples les plus marquants figure Les Filles d'Olfa, de la Tunisienne Kaouther Ben Hania, sélectionné en 2020, lors de la septième édition du CFC, alors qu'il était encore en développement. Trois ans plus tard, le documentaire était présenté en compétition officielle à Cannes, où il remportait l'Œil d'or du meilleur documentaire ex æquo avec La Mère de tous les mensonges, d'Asmae El Moudir. En 2024, il obtenait le César du meilleur documentaire et était nommé à l'Oscar du meilleur long métrage documentaire.
Inchallah a boy, d'Amjad Al Rasheed, est présenté une première fois au Cairo Film Connection en 2018, alors qu'il est en développement. Le projet y revient en 2022, cette fois en postproduction. Il reçoit deux soutiens, d'une valeur annoncée de 10 000 dollars chacun : un apport technique de The Cell et un prix de RISE Studios. En 2023, le film devient le premier long métrage jordanien sélectionné au Festival de Cannes, à la Semaine de la Critique, où son distributeur français, Pyramide Films, obtient le prix Fondation Gan à la diffusion. Il connaît ensuite une carrière internationale, avec notamment une sélection à Toronto.
Le documentaire palestinien Bye Bye Tibériade, de Lina Soualem, passe quant à lui par le CFC en 2021, où il reçoit une aide financière de 10 000 dollars d'AH Media Production. Deux ans plus tard, il est présenté aux Giornate degli Autori de Venise, puis à Toronto et au Festival de Londres, où il remporte le prix Grierson du meilleur documentaire.
Autre documentaire accompagné en 2021, La Vie après Siham, de Namir Abdel Messeeh, bénéficie d'un prix de 10 000 dollars d'ART. Le film est sélectionné à l'ACID à Cannes en 2025 et remporte le prix du meilleur documentaire arabe au Festival d'El Gouna. Il est également présenté au Festival du Caire la même année, avant sa sortie dans les salles françaises en janvier 2026.
Les Enfants rouges, de Lotfi Achour, passe une première fois par le CFC en 2018, sous le titre Severed Head, alors qu'il est encore en développement et reçoit une aide de 10 000 dollars d'Arabia Pictures. Il revient en 2022 sous le titre Red Path, cette fois en postproduction. Le film achevé est notamment présenté à Locarno en 2024, avant de remporter le Yusr d'or du meilleur long métrage et le prix de la meilleure réalisation au Festival international du film de la mer Rouge, puis le Tanit d'or aux Journées cinématographiques de Carthage, la même année.
Le Cairo Film Connection peut également servir de tremplin vers d'autres rendez-vous professionnels internationaux. Le projet irakien Ayin Hara (Mauvais Œil), présenté au CFC en 2024, a ainsi été sélectionné en 2025 pour Fantastic 7, une initiative du Marché du Film de Cannes consacrée au cinéma de genre.
Ces exemples ne signifient pas que le Cairo Film Connection serait, à lui seul, responsable de la réussite de ces films.
Selon un communiqué du Festival international du film du Caire publié le 10 juillet 2026, sur les 169 projets sélectionnés au cours des onze premières éditions du Cairo Film Connection, 60 ont déjà donné naissance à des films présentés dans de grands festivals internationaux.
Un nouveau mentorat pour prolonger l'accompagnement
Le Cairo Film Connection inaugure cette année un programme de mentorat destiné aux équipes des projets de fiction et de documentaire sélectionnés.
L'objectif annoncé est de dépasser le cadre des rencontres professionnelles organisées pendant le festival. L'accompagnement doit commencer avant l'événement, se poursuivre durant les Cairo Industry Days et continuer après leur clôture.
Le programme s'articule autour de quatre axes complémentaires. Le premier, consacré spécifiquement au développement documentaire, sera animé par la réalisatrice et productrice Jihan El-Tahri, tandis que le réalisateur, producteur et monteur Khaled Shamis interviendra sur la présentation des projets devant les producteurs et les financeurs. Le réalisateur et producteur Mohamed Hammad abordera la préparation des budgets et les stratégies de financement. Enfin, Margje de Koning, directrice artistique du festival Movies that Matter, accompagnera les participants dans leurs stratégies de festivals et leurs relations avec les diffuseurs européens.
Produire un film ne suffit pas : encore faut-il le faire circuler
Relancé en 2024 après plusieurs années d'interruption, le Marché du film du Caire connaît une progression rapide. De huit exposants lors de son retour, il est passé à vingt-neuf en 2025. Pour 2026, trente-sept emplacements sont prévus, avec l'ambition de renforcer les échanges entre producteurs, distributeurs et acheteurs.
Des entreprises européennes et des acheteurs venus notamment des pays du Golfe, d'Afrique et d'Asie sont annoncés. Des délégations de Russie, de Chine, d'Arménie, d'Irak et d'Inde sont également annoncées.
Organisé pour la deuxième année, Cairo ProMeet facilite les rendez-vous entre professionnels. Environ soixante spécialistes sont annoncés pour cette édition, dans un dispositif destiné à favoriser les échanges et les partenariats. Lors de sa première édition, plus de 400 participants avaient bénéficié du programme.
Les festivals jouent un rôle important dans la découverte des films, mais leur sélection ne garantit ni une sortie en salles ni une diffusion auprès d'un public plus large. Pour les cinématographies dont les marchés nationaux sont limités, l'accès à des distributeurs, des vendeurs internationaux ou des diffuseurs peut conditionner la carrière d'une œuvre.
Les difficultés du cinéma arabe au cœur des débats
Les Cairo Industry Days annoncent également 22 tables rondes et débats consacrés à des questions artistiques, économiques et professionnelles.
Intitulée « La nouvelle génération : les jeunes cinéastes arabes et l'industrie dont ils héritent », l'une de ces rencontres réunira de jeunes cinéastes arabes, notamment originaires d'Irak, de Palestine, du Yémen, de Jordanie, du Liban et d'Égypte. La discussion portera notamment sur les conditions dans lesquelles ces cinéastes tentent de construire leur carrière, parfois dans des pays marqués par les conflits, les déplacements de populations ou la fragilité des structures de production.
Une autre rencontre, « Indépendantes ou invisibles : les réalisatrices égyptiennes face à l'industrie cinématographique », examinera les difficultés d'accès au financement, à la production et à la distribution rencontrées par ces cinéastes.
Le débat « Une équipe d'une seule personne : tourner en décors réels avec des moyens humains réduits » sera consacré aux contraintes des tournages réalisés avec très peu de collaborateurs. Cette contrainte peut modifier profondément la relation entre le cinéaste, les personnes filmées et le réel. Elle soulève également des problèmes techniques très concrets, lorsqu'une même personne doit assurer l'image, le son, la lumière et la réalisation.
La rencontre « Dans le même bateau, mais avec des rames différentes : trouver un terrain d'entente sur les droits de représentation publique » réunira différents acteurs de l'industrie égyptienne. Derrière un sujet qui peut paraître technique se trouvent des enjeux de rémunération, d'exploitation des œuvres et de répartition des revenus. Producteurs, acteurs, scénaristes et représentants des organisations professionnelles devront notamment examiner les conditions d'un accord acceptable pour les différentes parties.
Le débat « Former les publics : des jeunes spectateurs aux cinéphiles de demain » posera la question du renouvellement du public des salles de cinéma. Comment amener les jeunes spectateurs vers les salles ? Comment leur donner l'habitude de découvrir des films qui ne relèvent pas uniquement des productions commerciales les plus visibles ? Ces interrogations rejoignent les initiatives développées par le CIFF en direction des nouvelles générations, notamment avec la création de Cairo Kids.
Deux autres rencontres sont annoncées : « Cinquante ans sur le tapis rouge : ce que le Festival du Caire a apporté au cinéma et ce que le cinéma lui a apporté en retour », une rencontre consacrée aux relations entre le festival et l'industrie depuis 1976, ainsi que « Construire l'expérience : production, outils et économie de la réalité étendue dans le monde arabe », organisée en partenariat avec le British Council.
Des ateliers pour explorer les métiers du cinéma
Pour cette huitième édition, les Cairo Industry Days annoncent douze ateliers organisés avec huit partenaires, auxquels devraient participer environ 500 personnes. Six ateliers spécialisés ont fait l'objet d'une présentation détaillée :
- « Préparer les acteurs : s'entraîner au jeu face à la caméra » — Animé par Ahmed Mobark, en partenariat avec El Warsha. Les participants travailleront sur une scène, de l'élaboration et de l'écriture à son interprétation devant la caméra. L'atelier portera notamment sur le naturel du jeu et l'expression des émotions.
- « Développement de scénarios de longs métrages » — Animé par le scénariste Haitham Dabbour avec l'équipe d'IRTH Content Development. Réservé aux auteurs et cinéastes disposant déjà d'un scénario de fiction achevé, il portera sur son approfondissement dramatique, artistique et sa dimension de production, ainsi que sur la présentation du projet aux producteurs et aux plateformes.
- « Développement de scénarios de séries courtes » — Organisé avec SARD et animé par les spécialistes de son équipe. Destiné aux auteurs ayant déjà un projet de série en développement, cet atelier abordera la structure dramatique, la construction des personnages et la préparation d'un dossier professionnel destiné aux producteurs, diffuseurs et plateformes.
- « Le casting comme processus créatif » — Animé par l'acteur et directeur de casting libano-américain Hamzah Saman, en partenariat avec Arab American Casting. À travers des exercices pratiques et des études de cas, les participants examineront les auditions, les rappels et la préparation du tournage, ainsi que la collaboration entre réalisateurs, producteurs, directeurs de casting et acteurs.
- « Créer un lieu : conception des décors et développement de l'approche visuelle à l'écran » — Organisé en partenariat avec Kadre. Destiné notamment aux chefs décorateurs, directeurs artistiques, réalisateurs, chercheurs et critiques de cinéma, cet atelier examinera le rôle des espaces, des objets et des décors dans la narration, à travers des études de scènes, des recherches visuelles et des exercices pratiques.
- « Laboratoire de narration immersive et de production » — Organisé avec le British Council. Cet atelier s'adresse notamment aux créateurs, étudiants, producteurs indépendants et artistes numériques travaillant sur des projets interactifs ou utilisant les technologies de réalité étendue (XR). Il explorera les possibilités de narration offertes par les médias immersifs et interactifs.
From Book to Screen : dix maisons d’édition à la rencontre du cinéma
Parmi les nouveautés des Cairo Industry Days 2026 figure From Book to Screen, un forum destiné à rapprocher les éditeurs égyptiens des producteurs et des professionnels de l'audiovisuel.
Pour cette première édition, dix maisons d'édition participent à l'initiative : Al Ain, Al Karma, Al Masriah Al Lubnaniah, Al Rewaq, Bait El Hekma, Dawen, Diwan, Kotob Khan, Nahdet Misr et Shorouk.
Chacune présentera une œuvre littéraire sélectionnée et ses possibilités d'adaptation devant des producteurs, des représentants de plateformes et d'autres professionnels du secteur. Les rencontres porteront notamment sur les droits d'adaptation et les possibilités de collaboration entre éditeurs et producteurs.
Le forum entend ainsi favoriser le développement de films et de séries à partir d'œuvres littéraires égyptiennes et arabes, renouant avec une tradition importante du cinéma égyptien, nourri notamment par les écrits de Naguib Mahfouz et d'Ihsan Abdel Quddous.
Les liens historiques entre littérature et cinéma égyptien, les grandes adaptations cinématographiques et télévisées, ainsi que le chemin inverse, de l'écran vers le livre, ont été examinés plus en détail dans mon précédent article : « CIFF 2026 : From Book to Screen, de la littérature égyptienne à l’écran et de l’écran au livre ».
Masterclasses et rencontres : sept personnalités, entre transmission et hommages
Les Cairo Industry Days réuniront sept personnalités du cinéma autour de masterclasses et de rencontres consacrées à leurs parcours et à leurs métiers. Cinq d'entre elles figurent également parmi les personnalités honorées par le Festival international du film du Caire à l'occasion de sa 47ᵉ édition.
- Medhat El Adl, scénariste et producteur égyptien, recevra une Pyramide d'or d'honneur pour l'ensemble de sa carrière. Cofondateur d'El Adl Group, il a notamment écrit Saïdi à l'Université américaine et Hammam à Amsterdam. Sa masterclass abordera les relations entre création et production, les décisions qui précèdent le tournage, ainsi que les contraintes économiques de l'industrie cinématographique égyptienne. Il reviendra également sur plus de trente ans de carrière et sur la construction d'une société de production.
- Óliver Laxe, réalisateur franco-espagnol, évoquera sa conception d'un cinéma dans lequel les paysages, la lumière, le silence et le son occupent une place centrale. Sa masterclass explorera notamment les thèmes de la nature, des frontières, de la mémoire et de la solitude, ainsi que sa manière de concevoir le cinéma comme une expérience sensorielle et spirituelle.
- Matteo Garrone, réalisateur italien, recevra une Pyramide d'or d'honneur pour l'ensemble de sa carrière. Auteur de Gomorra, Reality, Dogman, Tale of Tales et Moi, capitaine, il reviendra sur sa manière de faire coexister réalisme, observation sociale et imaginaire. La rencontre abordera également son travail avec les acteurs, la construction des personnages et la création d'univers cinématographiques où le réel peut prendre une dimension fantastique ou allégorique.
- Abderrahmane Sissako, réalisateur et producteur mauritanien, recevra lui aussi une Pyramide d'or d'honneur pour l'ensemble de sa carrière, en partenariat avec l'Institut français d'Égypte. Réalisateur de En attendant le bonheur, Bamako et Timbuktu, il évoquera son parcours entre la Mauritanie, le Mali, la Russie et l'Europe, ainsi que les questions d'identité, de déplacement, de mémoire et de relations entre les cultures qui traversent son œuvre.
- Paul Davies, créateur sonore britannique, consacrera sa masterclass au rôle du son dans la narration cinématographique. À partir de son expérience dans le cinéma et la télévision, il examinera comment les choix sonores contribuent à construire une atmosphère, à créer une tension ou à modifier la perception d'une scène. Il abordera également les relations entre le son, l'image et le jeu des acteurs.
- Said Shimi, directeur de la photographie égyptien, recevra une Pyramide d'or d'honneur pour l'ensemble de sa carrière. Sa masterclass reviendra sur plusieurs décennies de travail dans le cinéma égyptien et sur le rôle de la photographie dans la narration cinématographique, à travers les choix visuels qui participent à la construction d'un film.
- Antoine Zeind, pionnier de la distribution cinématographique en Égypte, fera l'objet d'un hommage spécial, accompagné d'une rencontre consacrée à sa carrière. Entré dans le secteur en 1960 chez United Artists, il a fondé United Motion Pictures en 1987. La société est devenue distributrice exclusive des films de la Twentieth Century Fox en Égypte en 1988, puis de Warner Bros. en 1992. Son parcours permettra de revenir sur les transformations de la distribution internationale et de l'exploitation cinématographique dans le pays.
Au-delà du festival, une continuité à construire
L'ambition de Mohamed Sayed de développer une plateforme active tout au long de l'année constitue le changement le plus important annoncé pour cette huitième édition. Le nouveau programme de mentorat en représente une première traduction concrète, puisqu'il prévoit un accompagnement avant, pendant et après le festival.
Mais la réussite d'un tel projet ne pourra pas se mesurer uniquement au nombre de partenaires, de rencontres ou de récompenses annoncées. Elle dépendra aussi de la capacité à maintenir les relations nouées au Caire, à suivre l'évolution des projets et à favoriser leur passage effectif à la production puis à la distribution.
Un suivi public des projets sélectionnés, de leur état d'avancement, des soutiens obtenus et de leur éventuelle exploitation permettrait de disposer d'indicateurs plus précis. Il rendrait également visibles les projets qui rencontrent des obstacles après leur passage au CFC, et les difficultés auxquelles les équipes continuent de se heurter une fois les rencontres professionnelles terminées.
Neïla Driss
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