Le Festival international du film du Caire (CIFF) a choisi I Play Rocky, de Peter Farrelly, pour ouvrir sa 47ᵉ édition, qui se tiendra du 11 au 20 novembre 2026 sous la présidence de Hussein Fahmy. Présenté dans la sélection officielle hors compétition, ce film américain revient sur la naissance de Rocky, l'un des films les plus célèbres du cinéma populaire américain.
Le choix prend une résonance particulière en cette année anniversaire. En 1976, tandis que le premier Rocky faisait son apparition sur les écrans, le Festival du Caire voyait lui aussi le jour. Cinquante ans plus tard, leurs histoires se croisent à nouveau, à travers un film consacré aux circonstances de la création de ce classique hollywoodien. Un choix qui prend tout son sens dans une édition où la mémoire cinématographique occupe une place particulière, à travers les films restaurés et les œuvres consacrées à l'histoire du septième art.
Avant Rocky Balboa, le combat de Sylvester Stallone
Bien avant de devenir une star internationale, Sylvester Stallone était un jeune acteur qui peinait à se faire une place à Hollywood. Il avait pourtant écrit un scénario auquel il croyait profondément : l'histoire de Rocky Balboa, un boxeur sans gloire des quartiers populaires de Philadelphie, auquel s'offrait une chance improbable de réaliser son rêve.
Le scénario intéressait les producteurs, mais ceux-ci envisageaient de confier le rôle principal à un acteur déjà célèbre. Ils étaient prêts à acheter le texte, à condition que Stallone renonce à interpréter lui-même son personnage. Or, pour le jeune scénariste, cette question n'était pas négociable. Il voulait être Rocky.
C'est précisément ce combat que raconte I Play Rocky. Derrière l'histoire du boxeur qui refuse de se laisser vaincre par les circonstances se dessine celle de son créateur. Stallone vivait, en quelque sorte, la même lutte que le personnage qu'il avait imaginé : celle d'un inconnu qui s'obstine à croire en ses chances malgré les obstacles.
Le pari allait se révéler gagnant. Réalisé par John G. Avildsen, Rocky (1976) rencontre un immense succès public et critique. Le film remporte trois Oscars, dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur, et lance une franchise qui marquera plusieurs générations de spectateurs. Stallone, jusque-là presque inconnu, devient l'un des visages les plus reconnaissables du cinéma américain.
Anthony Ippolito dans la peau de Stallone
Pour incarner le jeune Sylvester Stallone, Peter Farrelly a choisi Anthony Ippolito, qui avait déjà interprété Al Pacino dans The Offer, la minisérie consacrée aux coulisses de la production du Parrain.
Autour de lui figurent notamment Matt Dillon, AnnaSophia Robb, P. J. Byrne, Toby Kebbell, Tracy Letts, Jay Duplass et Kiki Seto.
Le film est réalisé par Peter Farrelly, cinéaste, scénariste et producteur américain qui connaît déjà les honneurs d'une ouverture au Festival du Caire. En 2018, son Green Book, avec Viggo Mortensen et Mahershala Ali, avait inauguré la 40ᵉ édition du CIFF. Le film a ensuite remporté trois Oscars, dont ceux du meilleur film et du meilleur scénario original. Peter Farrelly a lui-même reçu ces deux récompenses, respectivement comme coproducteur et coscénariste. Le scénario de I Play Rocky est signé Peter Gamble.
Un parcours international marqué par les prix du public
Avant son arrivée au Caire, I Play Rocky a déjà entamé un parcours dans plusieurs festivals internationaux.
Sa première mondiale a eu lieu en septembre 2026 au Festival international du film de Toronto, où il s'est classé deuxième au Prix du public. Il a ensuite remporté le Prix du public dans la catégorie « Présentations spéciales » au Festival de Vancouver, puis le Prix du public du meilleur long métrage à Cinéfest Sudbury.
Le film a ensuite été présenté lors d'une projection surprise au Festival du film de Londres, organisé par le British Film Institute (BFI). Il a également été sélectionné aux festivals de Rome, Zurich et Chicago, ainsi qu'à l'AFI FEST, dans la section consacrée aux premières sur tapis rouge.

Quand le cinéma raconte sa propre histoire
Le choix de I Play Rocky pour ouvrir cette édition du Festival du Caire ne me paraît pas anodin. Il s'inscrit dans une programmation où plusieurs films invitent à revisiter l'histoire du septième art, à découvrir ses grandes figures ou à pénétrer dans les coulisses de sa création.
Dans la section des séances spéciales, Deleau: Cinema Unchained (2026), documentaire canadien de Michel La Veaux, retrace ainsi le parcours de Pierre-Henri Deleau, figure majeure de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes. À travers notamment les témoignages de Michael Haneke, Ken Loach et Denys Arcand, le film revient sur une aventure cinématographique associée à la découverte de nouvelles voix et à la défense d'un cinéma audacieux.
Autre regard sur la fabrication des films, Making Marie Antoinette (2026), d'Eleanor Coppola, nous entraîne sur le tournage de Marie-Antoinette, réalisé par sa fille Sofia Coppola. La cinéaste filme le travail de sa fille et propose un témoignage singulier sur la création d'une œuvre, observée à la fois par une documentariste et par une mère.
Avec Vittorio De Sica: Staging Life (2026), Francesco Zippel rend pour sa part hommage à Vittorio De Sica, acteur et réalisateur italien, figure essentielle du néoréalisme.
Ces trois documentaires, très différents dans leur approche, rejoignent I Play Rocky dans leur volonté de raconter le cinéma à travers celles et ceux qui l'ont façonné.
Cette attention portée à la mémoire ne se limite d'ailleurs pas aux films qui racontent l'histoire du cinéma. Elle se manifeste également dans la place accordée aux œuvres restaurées, notamment les 27 films égyptiens annoncés, ainsi qu'aux classiques du cinéma mondial, comme La Féline (1942), de Jacques Tourneur, et Lost Highway (1997), de David Lynch, tous deux programmés dans la section « Classiques de minuit ».
Préserver le patrimoine cinématographique ne consiste pas uniquement à restaurer des copies et à les conserver dans des archives. Encore faut-il permettre au public de les découvrir ou de les revoir sur grand écran. C'est une préoccupation qui se retrouve dans les choix et les initiatives de Hussein Fahmy, président du CIFF. Avec I Play Rocky, le festival s'intéresse aussi à ce qui précède la naissance d'un film : les circonstances de sa création, les obstacles rencontrés et les choix qui ont contribué à son histoire. Une autre manière de faire vivre la mémoire du cinéma, en éclairant ce qui se joue derrière les œuvres.
Neïla Driss
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