IFTM Top Resa 2026 : l’envie de voyager autrement | Tourismag.com
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Je ne suis pas revenue à Paris pour retrouver mes années d’étudiante. Pourtant, en parcourant les allées de l’IFTM Top Resa 2026, quelques vieux souvenirs ont forcément refait surface.

Cette fois-ci, j’étais là avec Tourismag, partenaire média officiel de l’IFTM Top Resa 2026, et j’accompagnais sa rédactrice en chef, Donia Hamouda. Le magazine y distribuait son numéro spécial, auquel j’avais contribué avec une version de mon article « Cannes : quand cinéma et tourisme écrivent la même histoire ». Une situation bien différente de celle qui m’avait conduite, entre 1986 et 1988, à fréquenter assidûment les salons parisiens.

À l’époque, j’étudiais le droit à Paris et, sans que cela ait le moindre rapport avec mes études, je ne ratais ni le Salon du tourisme ni la Foire de Paris. J’adorais parcourir leurs allées pour y retrouver les différents pays, découvrir leurs cultures et leurs artisanats. Au Salon du tourisme, les stands accordaient une grande importance à leur décoration et aux animations. On pouvait goûter une pâtisserie chez les uns, boire un thé chez les autres, découvrir une spécialité culinaire, écouter de la musique ou regarder une danse. À la Foire de Paris, le plaisir de la découverte se doublait de celui de pouvoir acheter les produits et objets artisanaux présentés par les différents pays. Certains sont d’ailleurs encore chez moi. Dans les deux cas, en quelques allées, j’avais un peu l’impression de parcourir le monde.

Près de quarante ans plus tard, je me suis donc retrouvée à nouveau dans les allées d’un salon consacré au tourisme. Cette fois, pourtant, je n’étais plus simplement venue regarder, découvrir et rêver. L’IFTM Top Resa que j’ai découvert était avant tout un univers professionnel.

Ici, on vient d’abord travailler

Le contraste avec mes souvenirs a été immédiat. À l’IFTM Top Resa, les stands étaient avant tout des espaces de travail et de rencontres. Partout, des gens affairés, des rendez-vous qui s’enchaînaient et des discussions autour des tables installées au cœur même des pavillons.

Car derrière le stand officiel d’une destination se trouvent ses professionnels. Hôtels, agences de voyages et autres acteurs du secteur disposent de leurs propres espaces pour recevoir leurs interlocuteurs, présenter leurs offres et nouer des contacts. L’IFTM Top Resa est bien un salon B2B, et cela se voit.

Certains pays ont néanmoins particulièrement soigné leur présence. L’Égypte a ainsi installé un très grand et très beau stand, entièrement décoré autour de l’Égypte ancienne. Le Maroc a également misé sur un vaste espace particulièrement travaillé. Quant à l’Ouzbékistan, pays d’honneur de cette édition, il a choisi une architecture inspirée de son patrimoine, mais réinterprétée de manière contemporaine, tout en accordant une place à son artisanat et à sa gastronomie.

D’autres ont aussi choisi de montrer leur diversité en laissant une place à leurs différentes régions ou États. C’était notamment le cas de l’Inde, dont plusieurs États disposaient de leur propre stand.

Quand le voyage reprend ses droits

Les animations étaient pourtant minoritaires. Mais c’est peut-être justement parce qu’elles tranchaient avec l’atmosphère très professionnelle du salon qu’elles attiraient immédiatement l’attention. Au Sri Lanka, des danseurs en costumes traditionnels ont rapidement rassemblé du monde autour du stand. Au Mexique, musique et costumes spectaculaires ont soudain apporté une note de fête dans les allées.

 

Danseurs et danseuses du Sri Lanka IFTM Top RESA 2026Danseurs sri-lankais en costumes traditionnels lors d’une animation à l’IFTM Top Resa 2026. © Neïla Driss

 

Ailleurs, le voyage passait par les saveurs. Sur le stand de la Martinique, j’ai dégusté un plat de crevettes accompagné d’une sauce rose. En Ouzbékistan, des fruits secs enrobés d’une sucrerie et du thé m’attendaient.

Par petites touches, j’ai ainsi retrouvé quelque chose de ce qui m’avait tant plu dans les salons de mes années étudiantes : la possibilité de passer d’un pays à l’autre en quelques pas, d’être arrêtée par une danse, une musique, une saveur ou simplement par un décor.

Mais l’Ouzbékistan est allé un peu plus loin. Son stand a attiré mon regard par son esthétique ; c’est pourtant l’accueil que j’y ai reçu qui m’a le plus marquée.

L’Ouzbékistan m’intriguait d’ailleurs déjà pour plusieurs raisons. Des amis qui l’avaient visité m’en avaient énormément parlé, tous avec le même enthousiasme pour la beauté du pays. Et dans quelques semaines doit s’y tenir le Silk Road Tribute Gala des Golden Globes. En tant qu’électrice internationale des Golden Globes, difficile pour moi de ne pas être curieuse de voir comment cette première incursion de l’institution en Asie centrale va prendre forme.

Hasard amusant, j’ai même retrouvé sur le stand l’agent de voyages avec lequel je pars régulièrement en voyage organisé. Il prépare justement un circuit en Ouzbékistan pour avril prochain. J’aurais presque pu m’inscrire immédiatement… si Cannes ne m’attendait pas quelques semaines plus tard.

L’hôtesse avec laquelle j’ai discuté connaissait remarquablement bien son sujet. Elle m’a fait visiter le stand, m’en a expliqué le décor et les références architecturales, avant de me présenter les différents thés qu’elle m’a fait goûter... Surtout, elle parlait de son pays avec une passion perceptible. Je n’avais pas prévu de partir en Ouzbékistan. J’en suis ressortie avec l’envie de découvrir le pays.

 

Stand Ouzbekistan IFTM Top résa 2026 ParisLe stand de l’Ouzbékistan, pays d’honneur de l’IFTM Top Resa 2026, inspiré de l’architecture et de l’artisanat du pays. © Neïla Driss

 

« Mais c’est quoi, le Tamil Nadu ? »

Une autre destination m’a réservé une découverte totalement imprévue. Avec Donia, nous nous sommes arrêtées devant un très joli stand dont le nom nous intriguait : quel était donc ce pays dont ni l’une ni l’autre n’avions jamais entendu parler ? C’était quoi, le Tamil Nadu ?

Plutôt que de rester avec notre interrogation, nous sommes entrées pour poser la question. Nous avons alors appris que le Tamil Nadu n’était pas un pays, mais un État du sud de l’Inde. Et nous avons surtout rencontré des interlocuteurs manifestement très impliqués et très fiers de leur État. Ils ont pris le temps de nous montrer des photographies, de nous expliquer ce que l’on pouvait y visiter, de nous parler de son patrimoine et de tout ce qu’il pouvait offrir aux touristes. Très vite, la conversation est devenue chaleureuse et nous avons commencé à plaisanter avec eux.

Lorsque nous avons appris que Chennai était la capitale du Tamil Nadu, mon réflexe de critique de cinéma a forcément repris le dessus. J’ai immédiatement pensé à Chennai Express (2013), puis la conversation a dérivé vers le cinéma indien et Shah Rukh Khan. Nos interlocuteurs semblaient d’ailleurs assez surpris que je connaisse aussi bien les films et les acteurs indiens. Nous avons également appris que C. Joseph Vijay, l’une des grandes stars du cinéma tamoul, s’était lancé en politique avant de prendre la tête du gouvernement de l’État en 2026. Au Tamil Nadu, cinéma et vie publique entretiennent décidément des liens plutôt étroits.

Puisque nous étions désormais entre amateurs de cinéma, j’ai fini par poser mes conditions : je viendrais volontiers découvrir le Tamil Nadu s’ils me promettaient de m’emmener voir Mannat, la célèbre maison de Shah Rukh Khan à Mumbai, et, tant qu’à faire, de me le présenter. Ils ont acquiescé avec enthousiasme. Promesse enregistrée !

Avant de quitter le stand, une très belle brochure consacrée au Tamil Nadu a également attiré mon attention. « Brochure » est d’ailleurs un terme presque réducteur pour ce document particulièrement soigné et richement illustré. Sa table des matières suffit à donner une idée de la diversité de ce qu’il présente : paysages, archéologie, patrimoine ancien, temples, festivals, arts de la scène, artisanat, demeures royales, gastronomie, activités de plein air ou encore bien-être. Ce n’est pas le genre de brochure que l’on prend sur un salon pour le feuilleter avant de le jeter. Celle-ci, je l’ai choisie pour ma bibliothèque.

 

Brochure Tamil Nadu
Couverture de la brochure consacrée au Tamil Nadu, présentée à l’IFTM Top Resa 2026. © Neïla Driss

 

L’histoire aurait pu s’arrêter là. Mais ma curiosité cinématographique s’en est mêlée une nouvelle fois après le salon. En cherchant à mieux connaître le cinéma tamoul, j’ai réalisé que certains de ses films ne m’étaient pas inconnus. Parmi les titres que je connaissais figurait Jai Bhim (2021), un film que j’avais beaucoup aimé.

Finalement, je ne connaissais pas le Tamil Nadu. Mais, sans le savoir, j’avais déjà rencontré son cinéma.

Redécouvrir aussi les destinations que l’on connaît déjà

Car l’Inde, elle, ne m’est pas inconnue. J’y ai déjà parcouru le célèbre Triangle d’or, le circuit qui relie Delhi, Agra — où se trouve le Taj Mahal — et Jaipur. Un voyage magnifique, mais que je n’ai aucune envie de refaire à l’identique. Depuis des années, je cherche au contraire à retourner en Inde pour en découvrir d’autres régions.

Après avoir vu des centaines de films indiens, difficile de ne pas rêver devant les villes, les paysages et les différentes cultures qu’ils donnent à voir. Chennai Express (2013) est lui-même traversé de paysages du sud de l’Inde à couper le souffle. C’est cette autre Inde que j’aimerais aller découvrir.

Mais, au départ de Tunis, je retrouve toujours les mêmes propositions de voyages organisés autour du Triangle d’or. Le passage par le stand du Tamil Nadu m’a justement montré qu’une autre possibilité existait. Il a donné un nom et une destination possible à une envie qui, elle, existait depuis longtemps.

Et l’Inde n’est pas le seul pays dans lequel j’aimerais retourner. L’Égypte en offre un autre exemple. Son stand comptait parmi les plus grands et les plus spectaculaires de l’IFTM Top Resa. Toute sa scénographie était construite autour de l’Égypte ancienne. Un espace immersif, que l’on traversait pour circuler dans le stand, était entouré de grands écrans sur lesquels défilaient temples, colonnades, hiéroglyphes, objets de musée et décors inspirés de l’Antiquité égyptienne. L’effet était impressionnant : en avançant, le visiteur se retrouvait littéralement plongé dans cet univers. Mais partout, le même choix : l’Égypte des pharaons. Pas une image du Caire contemporain, ni, dans ce que j’ai pu voir, d’une autre Égypte.

Ce choix m’a d’autant plus interpellée que je venais justement de consacrer dans Tourismag un article aux liens entre cinéma égyptien et tourisme. J’y explorais une possibilité parmi d’autres de découvrir le pays autrement : partir de ses films, de leurs lieux de tournage et de tout ce qu’ils donnent à voir de l’Égypte contemporaine pour imaginer un voyage autour du cinéma.

L’Égypte ne se résume pas davantage à ses films qu’à ses pyramides. J’ai déjà fait la croisière sur le Nil, visité les temples, les pyramides et les musées, et j’ai envie de retourner dans ce pays que j’aime pour en découvrir d’autres facettes. Son patrimoine architectural, par exemple, ne s’est pas arrêté avec les pharaons. Palais, mosquées, demeures et quartiers entiers racontent des siècles d’histoire, au fil des dynasties, des conquêtes et des influences successives qui ont chacune laissé leurs traces. Certains quartiers du Caire sont à eux seuls de véritables musées à ciel ouvert. Il existe ainsi bien d’autres Égypte à explorer et bien d’autres itinéraires à imaginer, sans nécessairement refaire le même voyage.

 

Stand Egypte IFTM Top résa 2026Le stand de l’Égypte à l’IFTM Top Resa 2026, entièrement scénographié autour de l’Égypte ancienne. © Neïla Driss

 

C’est peut-être là que des salons professionnels comme l’IFTM Top Resa peuvent aussi jouer un rôle : permettre aux professionnels de mieux connaître des destinations moins connues ou d’autres facettes de pays qu’ils commercialisent déjà, mais aussi d’échanger sur les attentes des voyageurs.

Pourquoi ne pas aller plus loin et imaginer davantage de voyages construits autour de la culture ? Des circuits consacrés à l’architecture ou au patrimoine, mais aussi, pourquoi pas, au cinéma. Un film peut donner envie de découvrir un lieu ; un festival peut devenir l’occasion de découvrir une ville ; et un itinéraire peut permettre de retrouver les décors réels de films que l’on connaît et que l’on aime.

Et pour le Tamil Nadu, les négociations sont déjà bien avancées : il ne reste plus qu’à savoir si la promesse concernant Shah Rukh Khan sera tenue.

Neïla Driss
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Neïla Driss
Neïla Driss
Editor

Neïla Driss est editor, journaliste culturelle, spécialisée dans le cinéma et les grands festivals internationaux.

Juriste de formation, diplômée de l’Université Paris II et de l’IHEC Carthage, elle s’est progressivement imposée dans l’écriture culturelle et la critique cinématographique, après une première carrière dans la gestion de patrimoine immobilier.

Distinguée dès 2006 aux Tunisia Blog Awards, elle couvre aujourd’hui des rendez-vous majeurs tels que le Festival de Cannes, les Journées Cinématographiques de Carthage et le Festival du Film du Caire.

Membre de l’ATPCC et de la FIPRESCI, elle participe à des jurys et initiatives internationales de critique. Depuis 2024, elle est électrice internationale aux Golden Globes.

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