Du 19 au 27 novembre 2026, Dorra Bouchoucha retrouvera les salles obscures dans un rôle qu’elle connaît bien : celui de jurée. La productrice tunisienne fera partie du jury de la compétition internationale des longs métrages du Festival du film de Doha, qui se tiendra du 19 au 27 novembre 2026, sous la présidence de la réalisatrice japonaise Naomi Kawase.
Cette invitation s'inscrit dans une année marquée par plusieurs engagements internationaux. En juin, elle siégeait au jury de la compétition principale du Festival international du film de Shanghai, présidé par l’acteur Tony Leung Chiu-wai. Durant l’été, elle participait aux rencontres professionnelles du Festival international du film d’Amman. En septembre, elle intervenait au Sommet Lumière, organisé à la Fondation Maeght, à Saint-Paul-de-Vence, dans une discussion consacrée à la place de la décision créative dans le cinéma. En octobre, son nom figurait également parmi les professionnels invités au Durban FilmMart, en Afrique du Sud.
Au regard de son parcours, on pourrait croire qu'elle s'était destinée dès le départ au cinéma. Pourtant, Dorra Bouchoucha a commencé sa vie professionnelle dans un tout autre univers : celui de l'enseignement de la littérature anglaise.
Ce détour par les lettres n'est peut-être pas aussi éloigné du cinéma qu'il y paraît. Son expérience de la littérature trouve un écho dans l'attention qu'elle porte aux récits, aux scénarios et à la singularité des auteurs.
De la littérature au cinéma : un parcours qui commence par les scénarios
Titulaire d'un diplôme d'études approfondies (DEA) en littérature obtenu à la Sorbonne, Dorra Bouchoucha enseigne la littérature anglaise à l'Institut Bourguiba des langues vivantes, à Tunis, de 1982 à 1994.
Son intérêt pour le cinéma remonte toutefois à l'adolescence. À 16 ou 17 ans, elle participe bénévolement aux Journées cinématographiques de Carthage (JCC), un festival dont elle prendra, bien des années plus tard, la direction. Elle fait également une brève apparition devant la caméra en jouant dans Les Zazous de la vague (1992), de Mohamed Ali Okbi.
Sa rencontre avec Moufida Tlatli marque une étape importante. À travers le travail autour du scénario des Silences du palais (1994), elle découvre les coulisses de la création cinématographique, assiste au tournage et fait la connaissance du producteur Ahmed Baha Eddine Attia, figure majeure du cinéma tunisien. Elle collabore avec lui, notamment en lisant, transcrivant et traduisant des scénarios. Cette expérience lui permet de se familiariser avec les différentes étapes de préparation d'un film et avec le métier de producteur.
Forte de cette expérience, Dorra Bouchoucha décide de se lancer dans le cinéma et fonde, en 1995, Nomadis Images, sa propre société de production. Lina Chaabane la rejoint en 1997. Depuis, elles travaillent ensemble au développement et à la réalisation de nombreux projets cinématographiques.
Dorra Bouchoucha et Lina Chaabane lors de la cérémonie de clôture des Journées cinématographiques de Carthage (JCC) en 2016. © Houssem Hamdi
Nomadis Images : des collaborations durables aux coproductions internationales
Dès ses débuts, Nomadis Images collabore avec plusieurs cinéastes tunisiens, dont certains travailleront longtemps avec Dorra Bouchoucha. Parmi les premières productions de la société figure Demain, je brûle (1998), de Mohamed Ben Smaïl, présenté à la Semaine de la critique de Venise.
Avec Moufida Tlatli, Dorra Bouchoucha poursuit sa collaboration, en qualité de productrice exécutive, sur La Saison des hommes (2000), deuxième long métrage de la réalisatrice. Le film est présenté au Festival de Cannes dans la section Un Certain Regard.
Nomadis Images coproduit également Ghodwa (2021), premier long métrage réalisé par Dhafer L'Abidine, récompensé par le prix FIPRESCI au Festival international du film du Caire.
Les collaborations de Nomadis Images s'étendent aussi au documentaire, notamment avec Sami Tlili sur Maudit soit le phosphate (2012), puis sur Sur la transversale (2019).
Dans un entretien publié en septembre 2019 sur le site Cinéma Tunisien, Dorra Bouchoucha expliquait concevoir son métier comme celui d'une productrice impliquée dans le processus créatif, de l'écriture jusqu'au montage. Elle se définissait notamment comme la première lectrice et la première spectatrice du réalisateur, soulignant l'importance de la confiance dans ses relations avec les cinéastes.
Nomadis Images travaille également avec des cinéastes d'autres pays. Dorra Bouchoucha et Lina Chaabane participent notamment à Barakat ! (2006), de la réalisatrice algérienne Djamila Sahraoui. Elles accompagnent aussi des cinéastes égyptiens, notamment Morad Mostafa, dont le premier long métrage, Aïcha ne peut plus s'envoler (2025), est sélectionné à Un Certain Regard à Cannes, et Mohammed Hammad, dont le film Safe Exit (2026) a connu un beau parcours international, de la Berlinale au Festival de Shanghai, avant de remporter, en octobre, l'Étoile d'or du meilleur long métrage de fiction au Festival d'El Gouna.
Dorra Bouchoucha participe à From Ground Zero (2024), un film d'anthologie initié par le réalisateur palestinien Rashid Masharawi, réunissant 22 courts métrages réalisés par de jeunes cinéastes de Gaza. Conseillère artistique du projet, elle contribue aussi à sa production à travers Nomadis Images. Présenté pour la première fois en marge du Festival de Cannes en mai 2024, le film poursuit ensuite son parcours dans plusieurs festivals internationaux, notamment à Amman, Toronto et au Caire. Choisi pour représenter la Palestine aux Oscars 2025, il figure parmi les quinze films présélectionnés pour l'Oscar du meilleur film international.
Dans un entretien publié en mars 2026 dans Souffle inédit, Dorra Bouchoucha insistait sur l'importance d'identifier les talents dès leurs débuts et de les aider à trouver les partenaires de production et de vente susceptibles de faire circuler leurs œuvres. Elle précisait aussi que son engagement pouvait prendre plusieurs formes : produire directement un film ou apporter son soutien à un projet sans en être officiellement la productrice.
Sud Écriture : accompagner les films avant leur réalisation
En 1997, Dorra Bouchoucha crée Sud Écriture, une initiative pionnière dans le monde arabe, consacrée à l'accompagnement et à la réécriture de scénarios de longs métrages. Destinés aux cinéastes d'Afrique et du monde arabe, les ateliers accueillent principalement des auteurs de premiers ou deuxièmes longs métrages de fiction.
Chaque atelier réunit généralement cinq ou six projets et comprend deux sessions de travail, séparées par une période de réécriture. Les scénarios sont communiqués à l'avance afin que tous les participants puissent les lire. Chaque journée est ensuite consacrée à l'examen approfondi d'un projet, auquel chacun contribue. Dorra Bouchoucha prend elle-même une part active aux discussions, exprimant ses observations aux côtés des autres professionnels présents.
L'objectif n'est pas de fournir une recette pour écrire un bon scénario, mais d'aider chaque cinéaste à approfondir son projet. Les échanges peuvent mettre en évidence des faiblesses dans la construction du récit, des personnages insuffisamment développés ou des intentions qui ne trouvent pas encore leur traduction à l'écran. Ils ouvrent des pistes de réflexion, sans imposer de solutions : les choix de réécriture appartiennent à l'auteur. En examinant également les scénarios des autres participants, les cinéastes apprennent à porter un regard critique sur des problèmes de narration et de mise en scène qu'ils pourront repérer dans leurs propres films.
Au fil des années, Sud Écriture a accompagné plus de 200 cinéastes, selon un bilan communiqué par Dorra Bouchoucha en 2023. Parmi les projets passés par ces ateliers figurent À peine j'ouvre les yeux (2015), premier long métrage de la Tunisienne Leyla Bouzid, présenté à la Mostra de Venise, et La Mère de tous les mensonges (2023), de la réalisatrice marocaine Asmae El Moudir, présenté à Cannes, où il a remporté le prix de la mise en scène à Un Certain Regard. Plus récemment, Ben’imana (2026), premier long métrage de la Rwandaise Marie-Clémentine Dusabejambo, dont le scénario avait notamment bénéficié de l'accompagnement de Sud Écriture, a été sélectionné dans cette même section et récompensé par la Caméra d'or et le prix FIPRESCI.
Le 39ᵉ atelier Sud Écriture, en avril 2021. De gauche à droite : Dieudo Hamadi, Lina Chaabane, Amel Guellaty, Momar Talla Kandji, Dorra Bouchoucha et Jacques Fieschi.
Sud Écriture et Nomadis Images : des collaborations complémentaires
Plusieurs cinéastes passés par les ateliers Sud Écriture ont également travaillé avec Dorra Bouchoucha et Lina Chaabane au sein de Nomadis Images. Ce parcours croisé ne concerne pas nécessairement le même film : une rencontre autour d'un scénario peut ouvrir la voie à un travail commun sur un projet ultérieur.
La relation avec Raja Amari remonte aux premiers films de la réalisatrice tunisienne. Dorra Bouchoucha produit ses courts métrages Avril (1998) et Un soir de juillet (2000), puis son premier long métrage, Satin rouge (2002), présenté à la Berlinale, avec notamment Hiam Abbass. Leur collaboration se poursuit avec Les Secrets (2009), puis Corps étranger (2016), dont le scénario bénéficie de l'accompagnement de Sud Écriture et dans lequel la réalisatrice retrouve Hiam Abbass.
Avec Mohamed Ben Attia, la collaboration commence elle aussi par le court métrage : Dorra Bouchoucha accompagne cinq de ses courts avant de produire Hedi, un vent de liberté (2016), dont le scénario est passé par Sud Écriture. Présenté à la Berlinale, le film y remporte le prix du meilleur premier film et l'Ours d'argent du meilleur acteur pour Majd Mastoura. Elle produit ensuite ses deux longs métrages suivants, Mon cher enfant (2018), sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, et Derrière les montagnes (2023), présenté à Venise.
Dorra Bouchoucha et le réalisateur tunisien Mohamed Ben Attia à la Berlinale, Festival international du film de Berlin.
Le parcours de l'Égyptienne Ayten Amin illustre une autre forme de collaboration entre Sud Écriture et Nomadis Images. Son film Souad (2020) est développé à Sud Écriture avant d'être coproduit par Nomadis Images. Lina Chaabane a d'ailleurs expliqué que c'est au cours de cet atelier qu'elle et Dorra Bouchoucha avaient découvert le projet et décidé de s'y associer. Le film est ensuite sélectionné au Festival de Cannes.
Pour l'Algérien Karim Moussaoui, les deux formes d'accompagnement concernent des films distincts. Son premier long métrage, En attendant les hirondelles (2017), dont le scénario avait été développé lors de l'atelier Sud Écriture n° 28, en 2014, est sélectionné à Un Certain Regard à Cannes. Nomadis Images participe ensuite à la coproduction de son deuxième long métrage, L'Effacement (2024).
On retrouve cette distinction dans le parcours de Hinde Boujemaa. Son projet Sous le paradis est passé par Sud Écriture, tandis que Nomadis a coproduit son documentaire C'était mieux demain (2012).
Hinde BouJemaa et Dorra Bouchoucha © Karim Kamoun
Les JCC et Manarat : transformer les festivals, accompagner les cinéastes
Dorra Bouchoucha s'implique dans les Journées cinématographiques de Carthage (JCC) bien avant d'en prendre la direction. Dès 1992, elle contribue à la création de l'Atelier des projets, destiné à soutenir le développement de films arabes et africains. À une époque où les plateformes professionnelles étaient encore rares dans les festivals de la région, cette initiative fait figure de précurseur.
Elle prend ensuite la direction des JCC à trois reprises, en 2008, 2010 et 2014. Lors de son troisième passage à la tête du festival, elle crée Takmil, un dispositif destiné aux films africains et arabes en phase de postproduction. Les réalisateurs peuvent y présenter leurs projets à des professionnels et solliciter des aides pour les mener jusqu'à leur achèvement.
L'un des changements majeurs intervient en 2014, avec la décision de rendre le festival annuel, alors qu'il se tenait tous les deux ans depuis sa création en 1966. Cette nouvelle périodicité entre en vigueur dès 2015.
Ces changements suscitent néanmoins des critiques. Certains défenseurs de la vocation historique des JCC, attachés à leur identité militante, voient d'un mauvais œil leur évolution vers un modèle plus proche des grands festivals internationaux, notamment avec leurs tapis rouges et leurs cérémonies.
Pour ma part, j'ai toujours considéré que cette modernisation était nécessaire. Pionnières à leur création en 1966, les JCC ont progressivement dû faire face à une concurrence de plus en plus importante, notamment de festivals disposant de moyens financiers et d'une visibilité internationale considérables. Pour continuer à attirer les cinéastes, les cinéphiles, les professionnels et les sponsors, elles devaient évoluer et renforcer leur attractivité. Un festival qui manque de visibilité risque aussi de priver les films qu'il présente de l'attention qu'ils méritent. Et je ne vois aucune contradiction entre la vocation militante des JCC et leur capacité à offrir aux films, à leurs équipes et au public une véritable fête du cinéma. J'avais d'ailleurs défendu cette position dans un article consacré au tapis rouge, publié dans La Quotidienne des JCC le 2 novembre 2019, puis dans une version plus longue sur Webdo.tn le 5 novembre.
Les JCC cherchent aussi à toucher le public en dehors de Tunis. Lors de l'édition 2014, des projections sont organisées dans plusieurs villes tunisiennes, notamment Kairouan, Gafsa et Jendouba, permettant à des spectateurs éloignés de Tunis de découvrir les films du festival.
En 2023, Dorra Bouchoucha retrouve les JCC en qualité de présidente du jury de la compétition documentaire, réunissant longs et courts métrages.
Dorra Bouchoucha est à l'origine de Manarat, Festival du cinéma méditerranéen en Tunisie, dont la première édition se tient en 2018. Organisé notamment autour de projections gratuites sur les plages, Manarat cherche à toucher un public plus large et à faire découvrir des films venus des différentes rives de la Méditerranée. La manifestation accueille également des séances en salle et des rencontres entre professionnels du cinéma. En 2019, pour sa deuxième édition, les projections en plein air sont organisées sur neuf plages tunisiennes.
Des institutions du cinéma à la défense des libertés individuelles
Dorra Bouchoucha siège pendant plus de dix ans au comité d'experts du CineMart, le marché de coproduction du Festival international du film de Rotterdam. De 2007 à 2011, elle est consultante pour les films arabes et africains auprès du comité de sélection de la Mostra de Venise.
Tout au long de sa carrière, elle siège dans de nombreux jurys internationaux. Parmi ceux-ci figurent notamment le jury du prix Luigi De Laurentiis, consacré aux premiers films, à la Mostra de Venise en 2023, celui du Festival international du film de Karlovy Vary la même année, ainsi que ceux des Ateliers de l'Atlas du Festival international du film de Marrakech en 2024 et du Festival international du film d'Amman en 2025.
Ses responsabilités s'étendent également aux organismes de financement. En 2010, elle prend la tête du Fonds Sud Cinéma, dispositif français de soutien aux productions étrangères. En 2012, elle devient présidente de la commission de l'Aide aux cinémas du monde, mise en place par le Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) et l'Institut français. Cette aide soutient des longs métrages étrangers, notamment dans le cadre de coproductions avec la France.
Elle participe par ailleurs à des programmes de formation tels que Med Film Development et Med Film Factory, ainsi qu'à des rencontres professionnelles consacrées aux projets en développement.
En juin 2021, elle est nommée vice-présidente de l'Institut du monde arabe à Paris.
En 2023, elle participe à La Fabrique Cinéma de l'Institut français, organisée dans le cadre du Festival de Cannes. Elle y accompagne dix réalisateurs émergents dans le développement de leurs premiers ou deuxièmes longs métrages et anime une masterclasse.
L'engagement de Dorra Bouchoucha ne se limite toutefois pas au cinéma. En août 2017, elle est nommée membre de la Commission des libertés individuelles et de l'égalité (COLIBE), créée auprès de la présidence de la République tunisienne et présidée par Bochra Belhaj Hmida. Chargée de formuler des propositions de réformes législatives en matière de libertés individuelles et d'égalité, cette commission remet son rapport en juin 2018.
L'Académie des Oscars, les distinctions et les hommages
En juin 2018, Dorra Bouchoucha rejoint l'Academy of Motion Picture Arts and Sciences, l'institution américaine qui décerne les Oscars, au sein de sa branche documentaire.
Elle reçoit également plusieurs distinctions officielles, en Tunisie comme à l'étranger. En 2010, elle est élevée au rang de grand officier de l'Ordre national du Mérite tunisien. Le 15 mai 2015, à Cannes, la ministre française de la Culture, Fleur Pellerin, lui remet les insignes de commandeur de l'ordre des Arts et des Lettres. En 2016, elle est nommée officier de l'Ordre de la République tunisienne.
Dorra Bouchoucha entourée de professionnels tunisiens du cinéma, à Cannes, le 15 mai 2015, à l’occasion de sa décoration au grade de commandeur de l’ordre français des Arts et des Lettres. © Neïla Driss.
En 2017, le magazine New African la classe parmi les 100 personnalités africaines les plus influentes. Elle reçoit le prix Tahar Haddad du meilleur ambassadeur de la culture tunisienne.
Au fil de sa carrière, Dorra Bouchoucha est aussi honorée par plusieurs festivals de cinéma. Parmi ces hommages figurent celui du Festival d'El Gouna, qui salue l'ensemble de sa carrière en 2018, et celui du Festival du cinéma africain de Louxor, en Égypte, l’année suivante. Elle y préside également le jury des longs métrages.
Dorra Bouchoucha devant l’affiche de son hommage au Festival du cinéma africain de Louxor, lors de la 8ᵉ édition, en mars 2019. © Neïla Driss.
Produire un film, c'est aussi défendre la vision de son réalisateur
Lors du Sommet Lumière, Dorra Bouchoucha participe à une discussion consacrée à une question essentielle : qui détient le pouvoir de décision créative dans la réalisation d'un film ?
Pour elle, le rôle du producteur consiste avant tout à protéger la singularité de la voix du réalisateur. Cette conception suppose une relation de confiance, construite dans la durée, mais aussi une grande franchise dans les échanges. Accompagner un cinéaste ne signifie pas approuver systématiquement ses choix : il faut pouvoir discuter des difficultés d'un scénario, des contraintes financières et des décisions qui permettront au film d'aboutir.
Cette question prend une importance particulière dans les coproductions internationales, où les exigences des différents partenaires peuvent peser sur les choix artistiques. Le producteur doit alors concilier les conditions nécessaires à la réalisation du film avec le respect du projet porté par son réalisateur.
Dorra Bouchoucha insiste également sur un autre aspect de cette responsabilité : un film ne s'achève pas avec la fin de son tournage ou de sa postproduction. Il doit encore rencontrer son public. La circulation des œuvres, leur présentation dans les festivals et leur accès aux salles font ainsi partie intégrante du travail de production.
Et si Dorra Bouchoucha n'avait jamais cessé d'enseigner ?
Dorra Bouchoucha a quitté son poste de professeure de littérature anglaise il y a plus de trente ans. Mais a-t-elle réellement abandonné cette vocation ?
Car enseigner, c'est transmettre des connaissances tout en éveillant la curiosité, en encourageant la réflexion et en apprenant à questionner et à défendre ses choix. Cette dimension pédagogique semble avoir traversé toute la carrière de Dorra Bouchoucha.
Mais la relation avec les jeunes cinéastes qu'elle accompagne est aussi une source d'enrichissement pour elle-même. Leurs sensibilités, leurs regards sur le monde, leurs façons de raconter et parfois leurs désaccords l'invitent à reconsidérer ses propres idées et à découvrir d'autres approches du cinéma.
C'est peut-être là que réside l'une des clés de son parcours : cette capacité à partager son expérience sans cesser d'apprendre, à rester attentive aux nouvelles générations et à évoluer avec elles, plutôt que de s'en tenir aux conceptions qui ont marqué ses débuts.
Neïla Driss
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