À quelques semaines de sa 47e édition, qui se tiendra du 11 au 20 novembre 2026, le Festival International du Film du Caire (CIFF) vient d’annoncer la création d’un atelier consacré au développement de scénarios de longs métrages. Organisé en collaboration avec Erth for Content Development dans le cadre des Cairo Industry Days, il sera animé par le scénariste et auteur égyptien Haitham Dabbour, accompagné de l’équipe d’Erth.
L’initiative pourrait, à première vue, ressembler à beaucoup d’autres ateliers d’écriture destinés à accompagner de futurs films. À une différence près : pour y participer, inutile de venir avec une simple idée, quelques scènes ou un synopsis prometteur. Le CIFF exige un scénario complet de long métrage.
Car si le scénario est déjà écrit, que reste-t-il à développer ?
Un scénario complet comme point de départ
L’atelier ne s’adresse pas à ceux qui souhaitent apprendre à écrire un scénario ou transformer une première idée en projet de film. Les participants devront arriver avec un texte complet.
Ce qui sera alors travaillé relève d’une autre étape de l’écriture et du développement du projet : la construction dramatique, les personnages, l’intrigue, le rythme ou encore la vision artistique, mais aussi certains aspects liés à la production.
L’objectif annoncé par le CIFF dépasse la seule amélioration du texte. Il s’agit également d’accroître la maturité des projets afin qu’ils puissent ensuite être présentés dans de meilleures conditions à des producteurs, des organismes de soutien ou des structures de financement.
Le scénario complet apparaît ainsi moins comme l’aboutissement du processus d’écriture que comme le point de départ d’une nouvelle phase : celle du développement.

Quand faire réécrire un scénario surprenait encore
Il faut remonter près de trente ans en arrière pour mesurer le chemin parcouru. En 1997, lorsque la productrice tunisienne Dorra Bouchoucha crée Sud Écriture, des ateliers destinés à accompagner la réécriture de scénarios de premiers ou deuxièmes longs métrages venus d’Afrique et du monde arabe, le principe même de soumettre un scénario déjà écrit au regard d’autres professionnels est encore loin d’aller de soi.
Dorra Bouchoucha a depuis raconté combien cette démarche pouvait susciter de l’incompréhension. L’écrit était alors peu valorisé et l’idée de proposer à un auteur de reprendre son scénario, de le confronter au regard de consultants et parfois de le réécrire en profondeur pouvait être perçue comme une remise en cause de son travail. Certains considéraient encore que les éventuels problèmes pourraient être résolus au moment du tournage.
Près de trente ans plus tard, cette approche n’a plus le même caractère inhabituel. Sud Écriture poursuit toujours ses ateliers et en est aujourd’hui à sa 44e édition. Et le CIFF choisit, à son tour, de consacrer au sein de ses Cairo Industry Days un atelier à des scénarios déjà entièrement écrits.
Plusieurs des films passés par Sud Écriture ont ensuite été présentés dans de grands festivals internationaux.
De Souad à Ben’imana
C’est notamment le cas de Souad (2020), de la réalisatrice égyptienne Ayten Amin, une coproduction égypto-tuniso-allemande. Son scénario est passé par Sud Écriture avant que le film ne soit retenu dans la Sélection officielle du Festival de Cannes 2020, édition qui n’avait finalement pas pu se tenir physiquement en raison de la pandémie. Le film a ensuite poursuivi sa carrière internationale, notamment à la Berlinale et à Tribeca.
Plus récemment encore, Ben’imana (2026), premier long métrage de la réalisatrice rwandaise Marie-Clémentine Dusabejambo, est lui aussi passé par Sud Écriture, parmi plusieurs dispositifs qui ont accompagné son développement. Présenté cette année à Cannes dans la section Un Certain Regard, il a remporté la Caméra d’or, qui récompense un premier long métrage, ainsi que le Prix FIPRESCI.
Ces parcours ne signifient évidemment pas qu’un atelier de développement constitue une garantie de sélection dans un grand festival ou de réussite future.
Le CIFF en amont de la fabrication des films
Inscrit dans les Cairo Industry Days, ce nouvel atelier traduit la volonté affichée par le CIFF d’accompagner les cinéastes dès les étapes précédant la production, et pas seulement lorsque leurs films sont achevés et prêts à être montrés.
L’accès à l’atelier est réservé aux personnes âgées d’au moins 18 ans, de nationalité égyptienne ou résidant en Égypte, et ayant déjà écrit ou réalisé au moins un court métrage.
Le projet présenté doit être celui d’un long métrage de fiction, accompagné de son scénario complet et de son synopsis. Une candidature peut aussi être portée par un binôme composé d’un scénariste et d’un réalisateur, ou d’un scénariste et d’un producteur, à condition que chacun travaille effectivement sur le projet.
Le CIFF pose également des conditions précises concernant les droits : le scénario doit avoir été officiellement enregistré ou déposé auprès des autorités compétentes, et le candidat doit en être l’auteur original ou disposer des droits lui permettant de le présenter et de le développer. Si le scénario est adapté d’une œuvre protégée, le candidat doit justifier qu’il détient les droits nécessaires à son adaptation.
Les candidats retenus devront assister à l’ensemble des séances de l’atelier et des programmes qui lui sont associés.
Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 7 octobre 2026 sur le site officiel du Festival International du Film du Caire.
Neïla Driss
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