Du littoral de Santa Catarina aux montagnes de Bahia, sept petites destinations représentent le Brésil dans l’édition 2026 du programme Best Tourism Villages. Toutes défendent un tourisme ancré dans les territoires, les traditions et la vie locale.
Au Brésil, certains des récits touristiques les plus intéressants s’écrivent loin des grandes métropoles et des stations les plus fréquentées. Ils prennent forme dans des villages de pêcheurs, sur d’anciennes routes rurales, au cœur des montagnes ou autour de traditions apportées par plusieurs générations d’immigrants.
Sept localités brésiliennes ont été retenues pour représenter le pays dans le cadre de l’initiative Best Tourism Villages 2026 de l’ONU Tourisme : Araçá, Conceição de Ibitipoca, Delfinópolis, Holambra, Lençóis, São José do Barreiro et Vila Flores.
Elles figurent parmi 269 candidatures internationales. Les résultats devraient être annoncés en décembre, à l’occasion d’une cérémonie prévue à Buenos Aires.
Derrière cette sélection se dessine une autre manière de découvrir le Brésil : plus proche des habitants, de leurs savoir-faire et des paysages qui façonnent leur quotidien.
Quand le tourisme aide les territoires à rester vivants
Lancé en 2021, le programme Best Tourism Villages distingue des communautés rurales qui font du tourisme un outil de préservation culturelle, de diversification économique et de développement local.
L’initiative s’adresse aux villages de moins de 15 000 habitants, où les activités traditionnelles — agriculture, pêche, élevage ou sylviculture — occupent encore une place importante. Les candidatures sont notamment évaluées selon la préservation du patrimoine naturel et culturel, la durabilité, les infrastructures, la gouvernance et les retombées concrètes du tourisme pour les habitants.
Depuis sa création, le programme a reçu plus de 1 000 candidatures provenant d’une centaine de pays. Son réseau rassemble aujourd’hui 319 destinations rurales.
Pour les communautés sélectionnées, la reconnaissance dépasse largement la visibilité internationale. Elle peut soutenir les petites entreprises, renforcer les filières locales, créer des emplois et encourager la transmission de pratiques parfois fragilisées par l’exode rural ou la standardisation de l’offre touristique.

Le Brésil compte déjà deux villages reconnus
Si elles sont retenues, les sept destinations rejoindront Testo Alto, à Pomerode, dans l’État de Santa Catarina, et Antônio Prado, dans le Rio Grande do Sul, déjà intégrées au réseau.
Testo Alto est notamment connu pour son architecture à colombages et les traditions héritées de l’immigration allemande. Sa Rota do Enxaimel rassemble une cinquantaine de constructions réparties sur un itinéraire d’environ 16 kilomètres.
À Antônio Prado, l’héritage italien reste présent dans l’architecture, la gastronomie et la langue. Le talian, issu de dialectes italiens et toujours parlé dans la région, constitue l’une des expressions les plus vivantes de cette mémoire.
Avec les candidatures de 2026, 27 villages brésiliens auront participé au programme depuis son lancement.
Sept destinations, sept visages du Brésil
1. Araçá : la culture maritime au quotidien
À Porto Belo, sur le littoral de Santa Catarina, Vila do Araçá vit encore au rythme de la pêche artisanale. Les bateaux traditionnels, les sentiers côtiers et les recettes à base de produits de la mer font partie intégrante du paysage comme de l’identité locale.
Installée dans une zone de protection environnementale, la communauté conserve une connaissance précise des marées, des itinéraires maritimes et des techniques de préparation transmises entre générations. Ici, l’expérience touristique passe moins par la mise en scène que par la rencontre avec une culture maritime toujours vivante.
Accès : Araçá est accessible par la route depuis Florianópolis ou Navegantes, toutes deux desservies par des aéroports reliés aux principales villes brésiliennes.
. Conceição do Ibitipoca
2. Conceição de Ibitipoca : un village aux portes de la nature
Avec ses rues tranquilles, ses maisons anciennes et les reliefs de la Serra da Mantiqueira en toile de fond, Conceição de Ibitipoca cultive une atmosphère de village de montagne.
Son histoire reste liée aux anciennes routes empruntées pendant la ruée vers l’or. À proximité, le parc d’État d’Ibitipoca protège un environnement spectaculaire composé de grottes, de cascades, de rivières et de formations rocheuses.
La destination associe randonnée, baignade en pleine nature, patrimoine et aventure, tout en préservant une échelle humaine qui constitue précisément l’un de ses principaux attraits.
Accès : Belo Horizonte et Rio de Janeiro sont les principales portes d’entrée aériennes. Le trajet se poursuit ensuite par la route.
Serra da Canastra | Eduardo Gorghetto
3. Delfinópolis : les paysages et les saveurs de la Canastra
À Delfinópolis, dans le Minas Gerais, la découverte du territoire passe autant par les paysages que par les produits issus des exploitations rurales.
Le Queijo Minas Artesanal da Canastra et le café de la Canastra racontent un terroir, des gestes et une relation étroite entre production agricole et identité locale. Le parc national de la Serra da Canastra complète l’expérience avec ses cascades, ses cours d’eau, ses sentiers et ses activités de pleine nature.
Cette association entre gastronomie, agriculture et aventure fait de Delfinópolis un exemple particulièrement représentatif du potentiel du tourisme rural brésilien.
Accès : la destination peut être rejointe par la route depuis Franca ou Ribeirão Preto, dans l’État de São Paulo, ainsi que depuis Uberaba, dans le Minas Gerais.
Holambra Vinícius Vieira
4. Holambra : bien plus que la ville des fleurs
À Holambra, les fleurs ne sont pas un simple décor. Elles structurent l’économie, dessinent les paysages et rythment une partie de la vie locale.
Surnommée la Capitale nationale des fleurs, la municipalité conserve également une forte influence néerlandaise, visible dans certaines façades, dans la gastronomie et lors des célébrations locales.
Cette identité hybride a permis à Holambra de construire une image touristique immédiatement reconnaissable, tout en valorisant une filière agricole qui reste au cœur de son développement.
Accès : Holambra se trouve à environ 130 kilomètres de São Paulo. L’aéroport international de Viracopos, à Campinas, constitue la principale porte d’entrée aérienne de la région.
Centro Historico - Lencois
5. Lençóis : la porte d’entrée de la Chapada Diamantina
Maisons en pierre, ruelles historiques et montagnes dessinent le paysage de Lençóis, dans l’État de Bahia.
Ancienne ville liée à l’exploitation du diamant, la localité est aujourd’hui l’un des principaux points de départ pour explorer la Chapada Diamantina. Cascades, grottes, canyons, rivières et grands itinéraires de randonnée attirent une clientèle à la recherche de nature et d’aventure.
Autour de ces expériences s’est développé un tissu de petites auberges, de restaurants familiaux, de guides et d’entreprises locales. C’est précisément cette capacité à connecter la fréquentation touristique à l’économie du territoire qui donne tout son sens à la candidature de Lençóis.
Accès : la ville se situe à environ 400 kilomètres de Salvador et peut être rejointe par la route. La région dispose également d’un aéroport accueillant des vols régionaux.

6. São José do Barreiro : sur les anciennes routes du café et de l’or
Entre la vallée du Paraíba et la Serra da Bocaina, São José do Barreiro réunit anciennes fazendas de café, grandes demeures historiques et zones préservées de la forêt atlantique.
La Trilha do Ouro suit une partie des chemins autrefois utilisés pour relier l’intérieur des terres au littoral. Son parcours traverse montagnes, rivières et cascades, faisant dialoguer histoire, paysages et tourisme de randonnée.
La destination illustre la manière dont un itinéraire ancien peut devenir un support contemporain de valorisation patrimoniale, à condition de préserver son environnement et d’y associer les communautés locales.
Accès : São José do Barreiro est accessible en voiture depuis São Paulo ou Rio de Janeiro. Certains sites de la Serra da Bocaina nécessitent un transport local ou un véhicule adapté aux chemins non goudronnés.

7. Vila Flores : l’héritage italien comme expérience vivante
Dans la Serra Gaúcha, Vila Flores entretient la mémoire de l’immigration italienne à travers la cuisine, la musique, les célébrations et le tourisme rural.
Le Filó Italiano en est l’une des expressions les plus emblématiques. Inspiré des réunions familiales organisées autrefois après les journées de travail, il ne se limite pas à une reconstitution folklorique : il traduit une culture du partage encore profondément liée à la vie communautaire.
À Vila Flores, le patrimoine ne se visite donc pas seulement. Il se goûte, s’écoute et se raconte autour d’une table.
Accès : la localité se trouve à environ 180 kilomètres de Porto Alegre, principale porte d’entrée aérienne pour rejoindre cette partie de la Serra Gaúcha.
De petites destinations face à un enjeu mondial
Au-delà de la compétition, ces sept candidatures interrogent la place des petites communautés dans l’avenir du tourisme.
Leur principal atout ne réside ni dans des infrastructures démesurées ni dans une accumulation d’attractions. Il tient à ce que de nombreuses destinations cherchent aujourd’hui à préserver : une identité lisible, un lien réel avec les habitants et une expérience étroitement liée au territoire.
Dans un marché où les voyageurs accordent davantage d’attention à l’authenticité, à la nature et aux retombées de leur séjour, les villages ruraux peuvent devenir de véritables laboratoires d’un tourisme plus équilibré.
Pour le Brésil, cette sélection est aussi l’occasion de montrer une diversité souvent éclipsée par ses grandes icônes touristiques. Un Brésil de montagnes, de chemins ruraux, de cultures agricoles et maritimes, où le voyage prend parfois la forme la plus simple — et peut-être la plus précieuse — d’une rencontre.




