Une clientèle sensible au rapport qualité-prix, des capacités aériennes en développement et une programmation qui s’étend au-delà de l’été : les perspectives britanniques donnent à la Tunisie plusieurs raisons de conforter sa présence au WTM London 2026. Pour convertir cette dynamique en croissance durable, la destination devra aussi enrichir les séjours et faciliter la découverte de ses territoires.
La participation tunisienne au World Travel Market, organisé à Londres du 3 au 5 novembre 2026, intervient dans une phase favorable sur le marché britannique. Dans un entretien accordé à Emma Dooney pour TTG, Mohamed Mehdi Haloui, directeur général de l’Office national du tourisme tunisien, fait état d’environ 450 000 visiteurs britanniques accueillis en 2025, soit la meilleure performance depuis 2014. Il attribue cette progression à deux facteurs : la connectivité aérienne et le rapport qualité-prix de la destination.
Ces arguments restent au cœur du positionnement tunisien. Mais les annonces des opérateurs dessinent également des perspectives plus larges : davantage de points de départ au Royaume-Uni, une saison commerciale prolongée et la possibilité de proposer d’autres expériences que le séjour balnéaire.
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Le rapport qualité-prix attire ; l’expérience doit donner envie de rester
Le prix constitue un argument commercial assumé par l’ONTT. Il permet à la Tunisie de défendre son attractivité auprès des voyageurs britanniques, tandis que le développement des dessertes facilite l’accès à la destination.
Cette compétitivité ouvre toutefois une question stratégique : comment faire évoluer la promesse du séjour pour que le choix de la Tunisie repose aussi sur ce que le voyageur pourra y découvrir ?
Dans son entretien à TTG, Mohamed Mehdi Haloui estime la durée moyenne des séjours britanniques à cinq ou six jours et souhaite l’allonger en valorisant la diversité du pays. Il évoque notamment des séjours combinant Djerba et Tozeur, ainsi que les expériences de bien-être et de thalassothérapie.
Pour les professionnels, cette ambition suppose de rendre la diversité tunisienne réellement accessible à la réservation. Un combiné doit proposer des transferts cohérents, un rythme agréable et des prestations clairement présentées. La richesse de l’offre devient un avantage commercial lorsque l’agent de voyages peut l’expliquer facilement et que le client comprend ce qu’elle apporte à ses vacances.
Jet2 : une ouverture commerciale préparée avant le WTM
Le développement de Jet2 constitue l’un des signaux les plus concrets de cette dynamique. Dès le 18 juin 2026, le groupe annonçait des vols et séjours vers la Tunisie à partir de mai 2027, au départ de Birmingham, East Midlands, Leeds Bradford, Londres-Stansted et Manchester.
La programmation hôtelière présentée couvre des établissements de trois à cinq étoiles dans plusieurs stations, notamment Hammamet, Yasmine Hammamet, Sousse, Port El Kantaoui, Skanes et Mahdia. Elle confirme la place du balnéaire comme porte d’entrée commerciale de la destination.
Cette chronologie compte : la programmation était déjà annoncée plusieurs mois avant le salon. Le WTM s’inscrit donc dans une séquence de consolidation des relations commerciales et de préparation des prochaines saisons.
La délégation de la Fédération tunisienne des agences de voyages et de tourisme (FTAV), conduite par Mohamed Ali Toumi, a également rencontré des représentants d’ABTA - Association for UK travel agents- en présence du directeur général de l’ONTT. Ces échanges témoignent de l’attention portée aux réseaux de distribution britanniques, essentiels pour transformer la visibilité de la destination en ventes.
Une demande qui encourage l’allongement de la saison
Le signal le plus intéressant concerne peut-être le calendrier. Le 15 octobre, Jet2 a annoncé plus de 32 000 sièges supplémentaires pour la Tunisie, en invoquant la vigueur des premières réservations. Selon les aéroports, les vols doivent se poursuivre jusqu’à la fin novembre 2027 et reprendre à partir du 11 février 2028. Le groupe a aussi annoncé une desserte depuis Bristol pour l’été 2028.
Cette extension indique une demande, observée par cet opérateur, pour des départs en dehors du cœur de l’été. Elle ne permet pas, à elle seule, de conclure à une transformation de l’ensemble du marché britannique, mais elle offre une perspective concrète aux professionnels tunisiens.
Une saison plus longue peut contribuer à mieux répartir l’activité des hôtels, des agences réceptives et de leurs fournisseurs. Encore faut-il que les services suivent : établissements ouverts, excursions disponibles, guides mobilisables et expériences adaptées aux périodes concernées. La desserte aérienne crée l’accès ; l’organisation locale doit donner au séjour toute sa consistance.
Diversifier les produits et leurs retombées
La stratégie portée par l’ONTT associe ainsi renforcement de l’aérien et élargissement de l’image touristique du pays. Le balnéaire conserve son rôle moteur, tandis que le patrimoine, le désert et le bien-être peuvent enrichir les propositions adressées aux voyageurs britanniques.
Pour les agences réceptives, une piste consiste à construire des extensions de séjour et des expériences faciles à intégrer aux programmes existants : découverte culturelle accompagnée, rencontre avec des artisans, parcours gastronomique ou étape dans une autre région. Leur intérêt économique dépendra de leur commercialisation effective et de la place accordée aux prestataires locaux.
Cette diversification doit aussi rester attentive aux conditions d’accueil. Allonger la saison peut aider à répartir les flux, mais ne garantit pas à lui seul un tourisme plus durable. La consommation de ressources, la qualité de l’emploi et les retombées pour les territoires restent des dimensions à suivre parallèlement à la fréquentation.

Après Londres, mesurer ce que la croissance apporte
Les perspectives britanniques permettent à la Tunisie d’aborder les prochaines saisons avec des arguments tangibles. La programmation aérienne s’élargit et certains opérateurs prennent position sur des périodes supplémentaires. L’enjeu est désormais de faire correspondre cette capacité commerciale à une offre suffisamment riche et bien organisée pour prolonger les séjours.
Les arrivées resteront un indicateur essentiel. La durée des séjours, les nuitées hors été, les dépenses consacrées aux expériences et leur répartition entre les territoires permettront de mieux apprécier la portée de cette croissance. C’est sur ces résultats que pourra se mesurer, après le WTM, l’efficacité de la stratégie tunisienne sur le marché britannique.

