Dans un peu plus de deux semaines, Le Caire retrouvera l’effervescence de son festival international de cinéma. Du 11 au 20 novembre 2026, le Festival international du film du Caire (CIFF) tiendra sa 47e édition, avec une programmation de 145 films représentant 64 pays. Parmi les rendez-vous attendus figure la compétition internationale, qui réunira cette année douze longs métrages, dont onze fictions et un documentaire.
Deux films seront présentés en première mondiale au Caire : BerleeN_, de l’Égyptien Ahmad Abdalla, et Inherited, de l’Iranien Morteza Alizadeh. Les dix autres seront présentés pour la première fois dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord. Certains arrivent après avoir déjà parcouru plusieurs festivals internationaux, de Cannes à Berlin, en passant par Locarno, Saint-Sébastien et Chicago, où quelques-uns ont également été récompensés.
Quatre films sont signés par des cinéastes arabes. L’Égypte sera représentée par Al Baraneya, d’Ashgan El-Hamus, et BerleeN_, d’Ahmad Abdalla. La Marocaine Laïla Marrakchi participera à la compétition avec Strawberries, tandis que le Libanais Nadim Tabet présentera In the Darkness I See You. Les huit autres films sont réalisés par des cinéastes européens, asiatiques et latino-américains. Ces douze films réunissent quatorze cinéastes, dont quatre femmes et dix hommes, deux films étant coréalisés.
Pour cette 47e édition, le festival a reçu 5 600 candidatures, dont 2 100 longs métrages et 3 500 courts métrages. Les douze films de la compétition internationale seront départagés par un jury présidé par le réalisateur franco-marocain Nabil Ayouch.
Relations familiales, migrations, conditions de travail, deuil, peine de mort, tragédies collectives ou voyages à la recherche de ses origines : les synopsis dessinent un ensemble de récits très divers. Avant de les découvrir sur les écrans du Caire, voici les douze œuvres en compétition, leurs histoires et les principales étapes de leurs parcours festivaliers, ainsi que, pour certains cinéastes, leurs précédentes rencontres avec le CIFF.
Deux films égyptiens, deux univers
Al Baraneya, d’Ashgan El-Hamus
Égypte, Pays-Bas, Belgique, Arabie saoudite — 84 minutes
Dans un village situé à l’extérieur du Caire, entouré de champs de jasmin, Amal, enceinte, vit avec sa famille dans une atmosphère mouvementée, mais pleine d’affection. Leur quotidien est bouleversé lorsqu’un propriétaire terrien propose de racheter leurs terres. La pression exercée pour les vendre divise la famille et fait naître les doutes.
Al Baraneya arrive au Caire après avoir été sélectionné dans la compétition des nouveaux réalisateurs du Festival international du film de Chicago 2026, où il était en lice pour le Gold Hugo. Le CIFF accueillera sa première projection dans la région MENA.
BerleeN_, d’Ahmad Abdalla
Égypte, Allemagne — 94 minutes
Au cours d’une seule journée à Berlin, trois inconnus arabes se retrouvent entraînés dans une série de rencontres surréalistes qui les obligent à affronter les fantômes de leur passé.
BerleeN_ sera présenté en première mondiale au Festival du Caire.
Pour Ahmad Abdalla, cette nouvelle participation s’inscrit dans une longue histoire avec le CIFF. Heliopolis (2009), Microphone (2010), Décor (2014), Exterior/Night (2018) et 19B (2022) ont jalonné ses précédentes participations, avec plusieurs distinctions à la clé. En 2022, 19B, présenté en compétition internationale, avait notamment remporté le Prix FIPRESCI, le Prix du meilleur film arabe et le Prix Henry Barakat de la meilleure contribution artistique, attribué à son directeur de la photographie, Mustafa Al Kashef.
Le réalisateur est également bien connu du public tunisien : Microphone avait remporté le Tanit d’or aux Journées cinématographiques de Carthage en 2010.
Deuil, mémoire et tragédies collectives
Four Minus Three, d’Adrian Goiginger
Autriche, Allemagne — 121 minutes
Après avoir perdu sa famille dans un accident de voiture, Barbara, clown professionnelle, tente de préserver sa foi dans le rire et l’espoir tout en affrontant un deuil dévastateur.
Four Minus Three a été présenté dans la section Panorama de la Berlinale 2026, où il a remporté le Label Europa Cinemas. Il sera projeté pour la première fois dans la région MENA au Festival du Caire.
Heysel 85, de Teodora Ana Mihai
Belgique, Pays-Bas, Allemagne — 90 minutes
La catastrophe meurtrière survenue au stade du Heysel, à Bruxelles, en 1985, entraîne la fille d’un bourgmestre et un journaliste d’origine italienne dans une confrontation personnelle et morale au cœur de la tragédie.
Heysel 85 a déjà été présenté à la Berlinale et au BFI London Film Festival avant sa sélection au Caire, où il connaîtra sa première projection dans la région MENA.
Teodora Ana Mihai connaît déjà le Festival du Caire. Son film La Civil (2021) avait été présenté dans la section Semaine de la critique, lors de la 43e édition. Cinq ans plus tard, elle revient avec Heysel 85, cette fois en compétition internationale.
Violences sociales et rapports de pouvoir
In the Darkness I See You, de Nadim Tabet
Liban, Qatar, France — 85 minutes
Sur un chantier de construction, des événements étranges et dangereux provoquent des tensions entre les ouvriers syriens et les habitants d’un village libanais. Tarek, l’un des ouvriers, se persuade que le chantier est hanté.
In the Darkness I See You est le deuxième long métrage de Nadim Tabet, après One of These Days (2017). Il a connu sa première mondiale à Beyond Fest, à Los Angeles, en septembre 2026, avant d’être présenté au Festival du film libanais de France en octobre. Il figure également dans la programmation du festival Imagine d’Amsterdam.

Inherited, de Morteza Alizadeh
Iran — 99 minutes
Mina a été condamnée à mort pour meurtre. Alors qu’il lui reste très peu de temps avant son exécution, elle tente de se blesser afin de la retarder, mais les autres détenues et les gardiens interviennent pour l’en empêcher. Une détenue chargée de responsabilités au sein de la prison lui apprend que le seul moyen de reporter son exécution est de tomber enceinte.
Inherited sera présenté en première mondiale au Festival du Caire.

Strawberries, de Laïla Marrakchi
Maroc, France, Espagne, Belgique — 106 minutes
Hasna et Meriem quittent leur Maroc natal pour travailler comme ouvrières saisonnières dans les plantations de fraises du sud de l’Espagne. Elles espèrent rentrer chez elles et offrir une vie meilleure à leurs familles, mais se heurtent à une réalité difficile : abus, harcèlement et conditions de travail dégradantes imposées par leurs employeurs.
Le lien qui les unit leur donne la force de faire face à leur situation, malgré les risques qu’elles encourent en défendant leurs droits. Elles doivent prendre la difficile décision de dénoncer un système patriarcal puissant, au risque de tout perdre dans leur quête de justice.
Strawberries a été présenté dans la section Un certain regard au Festival de Cannes 2026.
Laïla Marrakchi, révélée par Marock (2005), également sélectionné à Un certain regard à Cannes, puis réalisatrice de Rock the Casbah (2013), connaît bien le Festival du Caire. Elle avait été membre du jury de la compétition internationale en 2015, lors de la 37e édition.

Familles, enfance et frontières du réel
Love Is the Monster, de Neto Villalobos Brenes
Costa Rica, Pérou, Panama, Chili, Mexique — 95 minutes
Dans un monde dystopique marqué par les inégalités et la violence quotidienne, une grand-mère est déterminée à profiter pleinement du temps qui lui reste avec sa petite-fille. Mais une succession d’événements les entraîne dans des situations de plus en plus dangereuses. Alors que l’amour et la peur commencent à se confondre, elle est contrainte de franchir des limites qu’elle n’aurait jamais imaginé dépasser.
Love Is the Monster a été présenté en première mondiale au Festival international du film de Toronto, en septembre 2026, dans la section Centrepiece. Il a ensuite poursuivi son parcours au Festival international du film de Chicago et à la Mostra internationale de cinéma de São Paulo, avant sa première dans la région MENA au Festival du Caire.

The Ballet Lesson, de Kazuya Murayama
Japon — 92 minutes
Dans une ville de province japonaise, Nikita et Nina, frère et sœur d’origine japonaise et russe, vivent isolés avec leurs grands-parents russes. Ils ne connaissent leurs parents absents qu’à travers les histoires qu’on leur raconte. Lorsque leur père, Nikolai, revient soudainement, il les emmène à la recherche de leur mère, Yuki, une danseuse de ballet japonaise.
Au cours de ce voyage, les enfants découvrent des paysages inconnus, font de brèves rencontres et prennent conscience de la fragilité des liens familiaux.
The Ballet Lesson a été sélectionné au Festival de Saint-Sébastien 2026, où il concourait pour le Prix des nouveaux réalisateurs. Il sera présenté pour la première fois dans la région MENA au Festival du Caire.

The Green Eyes (Les Yeux verts), de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh
France, Belgique, Suède — 85 minutes
Chaya, onze ans, vit avec sa famille dans les Landes, près de l’océan. Lorsqu’ils apprennent qu’ils vont être expulsés de leur logement, son frère aîné Nour tombe dans un sommeil profond et mystérieux. Chaya est prête à tout pour le réveiller, allant jusqu’à plonger dans ses rêves pour le retrouver.
Les Yeux verts a été présenté au Festival de Locarno 2026, où il figurait parmi les films en lice pour le Prix du public.
Il s’agit du deuxième long métrage de Fanny Liatard et Jérémy Trouilh, après Gagarine (2020), présenté en compétition internationale au Festival du Caire lors de sa 42e édition. Six ans plus tard, les deux cinéastes retrouvent cette même compétition avec Les Yeux verts.

Words of Love, de Rudi Rosenberg
France — 95 minutes
Depuis quatorze ans, Erika maintient l’équilibre d’un foyer agité, où elle élève sa fille adolescente Abigail, son frère turbulent Yoni et un chien obsédé par le fromage. Lorsque le désir d’Abi de rencontrer son père absent devient une obsession et que celui-ci aurait été aperçu dans les environs, Erika craint que leur fragile équilibre familial ne s’effondre.
Mais ce voyage imprévisible permet à la mère et à la fille de se découvrir sous un nouveau jour et entraîne leur famille animée vers un nouveau chapitre heureux.
Words of Love a été présenté dans la section Un certain regard au Festival de Cannes 2026. Il connaîtra sa première projection dans la région MENA au Festival du Caire.

Un documentaire sur les routes américaines
Yugo Goes to America, de Filip Grujić et Aleksa Borković
Serbie, Croatie — 87 minutes
Quatre jeunes adultes de Belgrade, en Serbie, traversent les États-Unis à bord d’une Yugo, une ancienne voiture yougoslave autrefois considérée comme la pire automobile jamais commercialisée sur le marché américain.
De New York à Los Angeles, leur voyage les conduit à travers 24 États, à la recherche d’une réponse à une question insolite : que signifie être « le pire » ?
En chemin, ils explorent leurs racines, rencontrent des passionnés de la Yugo et découvrent les liens inattendus qu’une voiture oubliée peut créer entre deux mondes éloignés.
Seul documentaire de la compétition internationale du CIFF 2026, Yugo Goes to America a déjà entamé son parcours festivalier. Présenté en première mondiale au festival CPH:DOX, à Copenhague, en 2026, il a ensuite été sélectionné dans plusieurs festivals, notamment au Beldocs, à Belgrade, où il a remporté le Prix du public du meilleur documentaire européen.
Le Festival du Caire accueillera sa première projection dans la région MENA.

Un jury international présidé par Nabil Ayouch
La compétition internationale sera départagée par un jury de six personnalités du cinéma, présidé par le réalisateur, scénariste et producteur franco-marocain Nabil Ayouch. Auteur notamment d’Ali Zaoua (2000), Les Chevaux de Dieu (2012), Much Loved (2015) et Haut et fort (2021), il connaît déjà le Festival du Caire. Son premier long métrage, Mektoub (1997), y avait remporté la Pyramide d’argent et le Prix Naguib Mahfouz de la meilleure première ou deuxième œuvre. Il était revenu en compétition internationale en 2002 avec Une minute de soleil en moins.
Le réalisateur et scénariste syro-allemand Ameer Fakher Eldin possède lui aussi une histoire avec le CIFF. Son premier long métrage, The Stranger (2021), présenté dans la Semaine de la critique de la 43e édition, y avait remporté deux récompenses : le Prix Shadi Abd El Salam du meilleur film de cette section et le Prix du meilleur film arabe. Il a depuis réalisé Yunan (2025), son deuxième long métrage.
L’actrice et productrice chinoise Fan Bingbing compte parmi ses films Buddha Mountain (2011) et I Am Not Madame Bovary (2016), qui lui a valu la Coquille d’argent de la meilleure actrice au Festival de Saint-Sébastien. Elle a également été membre du jury de la compétition officielle à Cannes en 2017.
La réalisatrice belge Laura Wandel a signé Un monde (2021), consacré à la violence dans l’univers scolaire, puis L’Intérêt d’Adam (2025), qui aborde les relations entre une mère, son enfant et le personnel hospitalier. Ses deux longs métrages placent l’enfance au cœur de leur récit.
Le Britannique Paul Davies représente un métier moins souvent mis en avant dans la composition des jurys : la création sonore. Ingénieur du son et monteur son, il a notamment travaillé sur The Queen (2006), We Need to Talk About Kevin (2011) et You Were Never Really Here (2017). Ce dernier film lui a valu un British Independent Film Award en 2018.
Enfin, l’actrice égyptienne Ghada Adel, dont la carrière s’étend du cinéma à la télévision depuis les années 1990, a notamment joué dans Saïdi fil Gamaa el Amrikeya (1998), Malaki Iskandariya (2005) et Fi Shaket Masr El Gedida (2007).
Des films en lice pour plusieurs récompenses
Outre les récompenses de la compétition internationale, plusieurs films sont également en lice pour des prix transversaux. Al Baraneya, BerleeN_, In the Darkness I See You et Strawberries concourent ainsi pour le Prix du meilleur film arabe, doté de 10 000 dollars et décerné par un jury spécifique parmi les films des trois compétitions de longs métrages.
Yugo Goes to America, seul documentaire de la compétition internationale, concourt également pour le Prix du meilleur film documentaire.
Enfin, les douze films sont en lice pour le Prix FIPRESCI, décerné par un jury de la Fédération internationale de la presse cinématographique, ainsi que pour le Prix du public Youssef Chahine Rizkallah.
Neïla Driss
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