Du 3 au 7 octobre 2026, la septième édition du Festival international de films de femmes Regards de Femmes a réuni, dans la région de Nabeul-Hammamet, réalisatrices, professionnels du cinéma et passionnés du septième art. Placée sous le thème « Oui… il y a de l'espoir », inspiré d'une chanson de Fairouz, cette édition entendait faire de l'espoir non pas une simple attente, mais une démarche portée par la création cinématographique. Au programme : une compétition de courts métrages, des projections suivies de débats, des ateliers d'écriture et de développement de projets, des rencontres professionnelles et une masterclasse. Une programmation dense, dont l'intérêt ne réside pas uniquement dans les films présentés, mais aussi dans ce qu'elle peut apporter à celles qui les réalisent.
Car derrière chacun de ces courts métrages, souvent le premier ou le deuxième de sa réalisatrice, se dessine un parcours encore en construction. Présenter son film, entendre les réactions des spectateurs, répondre à leurs questions, expliquer ses intentions ou défendre ses choix artistiques : autant d'expériences qui peuvent contribuer à faire évoluer une jeune cinéaste. À cet égard, la compétition elle-même apparaît comme une forme d'apprentissage, au même titre que les autres activités proposées par le festival.
Et parmi ces jeunes femmes qui présentent aujourd'hui un court métrage, travaillent sur un scénario ou cherchent à financer un projet, certaines fouleront peut-être un jour les tapis rouges de Cannes, de Venise ou de Berlin. Personne ne peut le prévoir, mais c'est aussi ce qui rend ces premières étapes intéressantes à observer.
Une femme sans regard, une affiche qui interroge

Avant même de découvrir sa programmation, un festival se présente à travers son affiche. Celle de cette septième édition de Regards de Femmes ne passe pas inaperçue. Dans un paysage d'arbres dénudés, une femme coiffée d'un large chapeau tient devant son visage un imposant bouquet de fleurs rouges. Des chaînes entourent ses poignets. L'image est en noir et blanc, à l'exception du rouge éclatant qui occupe son centre.
Ce contraste chromatique n'est pas anodin. Le noir et blanc donne à la scène une atmosphère austère, presque intemporelle, tandis que le rouge attire immédiatement l'attention. Mais que représente-t-il ? L'amour, la passion, la vie ? Ou, au contraire, le sang, la violence, la révolte ? Les fleurs elles-mêmes sont ambiguës : symboles de beauté et de célébration, elles deviennent ici un écran qui dissimule le visage.
Et c'est peut-être le paradoxe le plus frappant : pour un festival intitulé Regards de Femmes, l'affiche représente une femme dont on ne voit pas le regard. Se cache-t-elle pour se protéger ? L'empêche-t-on de se montrer ? Ou refuse-t-elle simplement de se laisser regarder ? Ces interprétations sont très différentes, puisqu'elles opposent une femme privée de sa liberté à une femme qui choisit ce qu'elle révèle d'elle-même.
Les chaînes semblent suggérer la contrainte, voire l'enfermement. Mais leur présence, associée aux fleurs, soulève une autre question : la beauté peut-elle servir à masquer une absence de liberté ? Derrière cette silhouette soigneusement composée, que sait-on réellement de la femme représentée ?
L'affiche interroge ainsi moins l'identité de cette femme que le pouvoir exercé sur son image. Qui décide de ce que l'on peut voir d'elle ? Ceux qui la représentent, ceux qui la regardent, ou elle-même ? Une question qui résonne particulièrement dans un festival consacré aux films réalisés par des femmes, donc à leur possibilité de raconter le monde à travers leur propre regard.
Il ne s'agit évidemment pas de prêter ces intentions aux concepteurs de l'affiche, mais de proposer une lecture des interrogations qu'elle suscite. Lors de la cérémonie d'ouverture, il a par ailleurs été précisé qu'il s'agissait d'une véritable photographie et non d'une image générée par intelligence artificielle.
Une compétition qui participe à l'apprentissage
Regards de Femmes a proposé cette année une compétition internationale réunissant 19 courts métrages réalisés par des femmes, issus de neuf pays arabes. Les films ont été projetés dans trois espaces : l'Espace Hammamet Art et Culture, Jeelen Art & Events Home à Nabeul et la Maison de la culture de Bouargoub. Tous les courts métrages en compétition étaient programmés dans chacun de ces lieux, permettant ainsi leur découverte par différents publics.
Pour beaucoup de ces réalisatrices encore au début de leur parcours, la sélection constitue une première reconnaissance, mais aussi l'occasion de découvrir comment leur travail est reçu en dehors du cercle de ceux qui ont participé à sa réalisation. Une scène peut susciter des interrogations inattendues, une intention être interprétée différemment, un choix de mise en scène provoquer une discussion. Autant de réactions qui permettent de prendre du recul sur son propre film.
Cette dimension prend tout son sens dans un festival qui ne se limite pas à présenter des œuvres achevées. Les ateliers d'écriture, les activités de développement de projets, les résidences artistiques et les séances de pitching offrent aux participantes la possibilité de travailler sur les différentes étapes qui précèdent la réalisation d'un film. Une résidence d'écriture, encadrée par la scénariste Samia Amami, a notamment accompagné douze réalisatrices tunisiennes et arabes dans le développement de leurs projets.
Écrire un scénario, préciser une note d'intention, construire un dossier, présenter son projet à de possibles partenaires ou financeurs : toutes ces démarches font partie du métier de cinéaste, même si elles sont moins visibles que le tournage lui-même.
L'atelier « Minute de lumière », animé par Inès Harrathi et Sahar Bakbrahem, invitait de jeunes participantes à réaliser, à l'aide de téléphones portables, des films d'une minute autour du thème de l'espoir. Les sept courts métrages réalisés ont été projetés lors de la cérémonie de clôture et un prix a distingué le meilleur d'entre eux. À une échelle différente, cet exercice leur a permis de découvrir les premières étapes de la création cinématographique et de présenter le résultat de leur travail.
Des cinéastes expérimentés à la rencontre de la relève
Cette démarche d'accompagnement passait également par la présence de professionnels expérimentés, venus partager leurs connaissances et leur parcours avec les participantes.
Le réalisateur égyptien Yousry Nasrallah a animé l'un des rendez-vous marquants de cette édition : une masterclasse. Cinéaste dont l'œuvre accorde une place importante aux personnages féminins et aux rapports entre les individus et leur environnement social, il a notamment réalisé Mercedes, La Porte du soleil et Femmes du Caire. Sa rencontre offrait l'occasion d'échanger avec un réalisateur qui, depuis plusieurs décennies, explore les contradictions des sociétés contemporaines à travers des personnages et des récits très différents.

Le festival a également rendu hommage à la réalisatrice libanaise Heiny Srour, pionnière du cinéma documentaire arabe, à travers la projection de trois de ses films : le court métrage The Singing Sheikh, présenté lors de la cérémonie d'ouverture, L'Heure de la libération a sonné, documentaire consacré à la lutte révolutionnaire au Dhofar, et Leila et les loups, qui interroge la place des femmes dans l'histoire des luttes politiques au Moyen-Orient. Des œuvres qui témoignent de son engagement et de sa volonté de rendre visibles des expériences souvent laissées à l'écart des récits dominants.
La transmission prenait également une forme plus directement pratique avec Brahim Letaief, qui animait un atelier consacré au pitching. Présenter un projet en quelques minutes, en faire comprendre le sujet, l'originalité et les intentions, puis convaincre des interlocuteurs susceptibles de l'accompagner : un exercice auquel les jeunes cinéastes doivent souvent se confronter pour trouver les moyens de réaliser leurs films.
Mon père et Kadhafi : l'histoire d'une famille, celle d'un pays
Parmi les films présentés, Mon père et Kadhafi, documentaire de Jihan Kikhia, a offert l'un des moments les plus émouvants de cette édition.
La réalisatrice y retrace l'histoire de son père, Mansur Rashid Kikhia, ancien ministre libyen devenu opposant au régime de Mouammar Kadhafi, disparu au Caire en 1993. À travers cette histoire familiale, le film permet de découvrir une partie de l'histoire libyenne souvent méconnue.
Pendant plusieurs décennies, la Libye a été presque entièrement associée, dans l'imaginaire international, à la personnalité de Kadhafi. Son omniprésence médiatique a fini par occulter d'autres figures, d'autres parcours et une grande partie de la complexité politique et humaine du pays.
Le documentaire de Jihan Kikhia ouvre une fenêtre sur cette autre Libye. Il raconte des événements historiques tout en suivant une histoire intime, celle d'une famille confrontée à l'absence et à la recherche de réponses.
Le film est particulièrement touchant parce qu'il permet de mesurer les conséquences humaines d'une histoire politique méconnue. Les événements ne restent pas abstraits : ils prennent le visage de ceux qui les ont subis.
La discussion organisée après la projection a permis de prolonger cette découverte. Jihan Kikhia a répondu aux nombreuses questions avec une simplicité et une sincérité remarquables. Disponible et généreuse dans ses échanges, elle a abordé son film et son histoire familiale sans chercher à maintenir une distance avec les spectateurs.

Le cinéma face à l'intelligence artificielle
Les débats proposés par Regards de Femmes ne se limitaient pas aux œuvres projetées. Un panel organisé à Jeelen s'est notamment intéressé à l'intelligence artificielle et à son influence sur la création cinématographique, avec une interrogation particulièrement pertinente dans le cadre d'un festival de films de femmes : « Qui apprend à l'IA ce qu'est une femme ? »
Cette question renvoie directement aux représentations véhiculées par les outils d'intelligence artificielle. Si ces derniers s'appuient sur des données et des modèles issus de productions humaines, dans quelle mesure risquent-ils de reproduire les stéréotypes déjà présents dans les récits et les images ?
Un exemple évoqué au cours des échanges concernait la manière dont un outil pouvait associer un personnage féminin à une situation de peur. Il a permis d'interroger les représentations récurrentes de femmes passives, vulnérables ou enfermées dans certains rôles, mais aussi la manière dont sont représentées les femmes occupant des positions de pouvoir.
L'utilité de l'IA pour certaines tâches de préparation et de préproduction, notamment le gain de temps qu'elle peut offrir, a été évoquée. En revanche, son intervention dans l'écriture d'un scénario ou d'une note d'intention a suscité davantage de réserves. Peut-on confier à un outil une partie de ce qui constitue précisément la singularité du regard d'un auteur ?
D'autres inquiétudes ont été exprimées concernant la confidentialité des projets, l'utilisation des données, les images et les conséquences possibles sur les métiers du cinéma.
Une réalisatrice marocaine engagée dans l'association féministe Joussour a également expliqué comment sa sensibilité féministe influençait sa manière de filmer, y compris lorsqu'elle abordait un sujet qui ne concernait pas directement les femmes, comme le handicap. Une intervention intéressante, car elle rappelait que le regard d'une cinéaste ne dépend pas uniquement du thème qu'elle choisit, mais aussi de la manière dont elle l'aborde.
Le panel a soulevé de nombreuses questions, mais il aurait gagné à consacrer davantage de place aux aspects techniques et pratiques. Pour des cinéastes en formation, il aurait été particulièrement utile de comprendre plus précisément comment utiliser ces outils, quelles précautions adopter et quels risques sont effectivement établis. Les interrogations éthiques sont indispensables, mais elles ne remplacent pas une connaissance concrète des technologies dont il est question.
Quatre distinctions pour les courts métrages en compétition
Le jury de cette septième édition réunissait Yousry Nasrallah, Souhir Ben Amara, Ghanem Zrelli, Khaoula Assebab Ben Omar et Jihan Kikhia.
Le Grand Prix du meilleur court métrage a été attribué à L'Mina, de la réalisatrice marocaine Randa Maroufi. Le jury a notamment retenu l'originalité de sa proposition visuelle et l'importance accordée à la scénographie. Dans ce film, l'espace ne constitue pas simplement un décor : il participe à la construction du sens.
Le prix de la meilleure représentation de la femme à l'écran est revenu à Happy Mother's Day, de l'Égyptienne Joumana Nasser. Selon le jury, le film parvient à remettre en question les représentations conventionnelles de la femme, avec une approche subtile qui conduit le spectateur à interroger ses propres certitudes.
Deux mentions spéciales ont également été attribuées.
La première à There Are Rumors That We Left, de la Syrienne Joyce Ouska, pour la sensibilité de son regard, son attention aux détails humains et la justesse de son approche, sans recours à l'exagération.
La seconde à Cursed Tomatoes, de la Tunisienne Marwa Taïba, dont le jury a salué l'authenticité documentaire et la maîtrise des moyens cinématographiques, sans artifices.
Dans sa déclaration au nom du jury, Yousry Nasrallah a tenu à saluer non seulement les films primés, mais également « toutes les œuvres qui ont eu le courage de regarder le monde sous un autre angle ».
De Hammamet à Nabeul, le festival fait aussi découvrir une région
Au-delà de sa programmation, Regards de Femmes a investi plusieurs lieux culturels de la région, chacun présentant un intérêt particulier.
À Hammamet, l'Espace Hammamet Art et Culture a accueilli quotidiennement les projections des courts métrages en compétition, ainsi que les cérémonies d'ouverture et de clôture. Ce cinéma, qui a rouvert ses portes après vingt-quatre années de fermeture, retrouve ainsi une place dans la vie culturelle de la région, notamment à travers l'accueil d'un festival international.
À Nabeul, Jeelen Art & Events Home a accueilli, outre les projections quotidiennes des films en compétition, les autres activités du festival : ateliers, rencontres et débats. Installé dans une maison traditionnelle rénovée qui a conservé son architecture et son caractère d'origine, le lieu offre un cadre particulièrement agréable aux activités du festival. Juste à côté, une seconde maison, elle aussi traditionnelle et rénovée dans le respect de son style, est consacrée aux résidences artistiques.
L'organisation mérite d'être soulignée : les horaires étaient respectés, les activités s'enchaînaient avec ponctualité et les membres de l'équipe se montraient disponibles et attentifs aux besoins des participants.
Mais Jeelen présente également un avantage géographique : situé au cœur de Nabeul, il se trouve à environ quatre minutes à pied du souk et des rues commerçantes.
Cette proximité a permis aux invités de profiter des intervalles entre les activités pour découvrir la ville. Promenades dans les souks, visites des boutiques, achats de produits locaux ou dégustation de thé aux amandes ont ainsi ponctué le séjour de plusieurs participantes.
Le comédien Ghanem Zrelli, membre du jury et originaire de la région, s'est même improvisé guide touristique pour ses collègues, leur faisant découvrir quelques-uns des lieux qu'il connaît bien.
Autre détail révélateur de ces rencontres entre cinéma et territoire : lors de la cérémonie de clôture, Jihan Kikhia portait une jebba qu'elle avait achetée au souk de Nabeul. Ces découvertes se sont faites naturellement, au gré des déplacements et des rencontres.
Pour un festival organisé en dehors de Tunis, cette dimension est loin d'être négligeable. La présence de réalisatrices, d'artistes et de professionnels venus de différents pays peut également contribuer à faire connaître la région au-delà de ses circuits touristiques habituels.
Si le programme avait laissé un peu plus de temps, une excursion organisée à la découverte de Nabeul et de Hammamet aurait également été bienvenue. La médina de Hammamet, son fort, les souks de Nabeul et le patrimoine des deux villes auraient constitué un prolongement intéressant du séjour des invités. Un festival de cinéma peut aussi être l'occasion de découvrir les lieux qui l'accueillent, plutôt que de se limiter à une succession de projections et de rencontres dans des espaces fermés.
Une belle programmation, mais trop peu de spectateurs locaux
Un regret demeure cependant après ces journées : la faible présence du public local.
À Jeelen, malgré la richesse de la programmation et la qualité des rencontres, les spectateurs étaient peu nombreux. Les échanges avec des personnes ayant fréquenté les autres lieux du festival ont fait apparaître un constat similaire, même si aucune donnée chiffrée ne permet d'évaluer précisément la fréquentation globale.
Cette situation surprend d'autant plus que le festival avait bénéficié d'une certaine visibilité médiatique, notamment à travers plusieurs interventions radiophoniques.
Pourquoi les habitants de Nabeul, de Hammamet et de Bouargoub n'ont-ils pas été plus nombreux à assister aux projections et aux débats ?
La communication a-t-elle réellement atteint le public visé ? Une présence plus visible dans les rues, notamment à travers des affiches, aurait-elle permis de mieux faire connaître les activités ? Les horaires étaient-ils adaptés aux disponibilités des habitants ? Le court métrage reste-t-il un format moins attractif pour les spectateurs habitués aux longs métrages ?
Il serait imprudent de prétendre répondre à ces questions sans enquête ni informations complémentaires.
En revanche, il serait intéressant d'envisager des collaborations plus développées avec les établissements scolaires, les universités et les associations culturelles de la région. Des projections accompagnées de rencontres avec les réalisatrices pourraient notamment permettre à des jeunes de découvrir un cinéma auquel ils ont rarement accès.
Car les discussions après les films, si formatrices pour celles qui les réalisent, peuvent l'être tout autant pour ceux qui les regardent. Apprendre à interroger une image, à comprendre un choix de mise en scène, à écouter une réalisatrice expliquer son travail ou à exprimer un désaccord fait également partie de l'éducation cinématographique.
Le contraste est frappant : tandis que des invitées venues d'autres pays découvrent Nabeul grâce au festival, les projections et les rencontres peinent à attirer le public local, à Jeelen comme, selon les témoignages recueillis, dans les autres lieux de la manifestation.
Cette réserve ne remet pas en cause la qualité de l'organisation ni le travail accompli par l'équipe de Manel Souissi. Elle ouvre plutôt une perspective pour les prochaines éditions.
Regards de Femmes offre déjà aux jeunes réalisatrices des occasions de montrer leurs films, de développer leurs projets et de rencontrer des professionnels. Il pourrait aussi contribuer davantage à faire naître, dans les villes qui l'accueillent, de nouveaux publics de cinéma.
Après tout, les cinéastes de demain auront également besoin des spectateurs de demain.
Neïla Driss
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