
À Manille, le 29 septembre 2026, les ministres du Tourisme de l’ASEAN ont placé la résilience au cœur de leur coopération. Derrière les enjeux de transport, d’investissement et de transition numérique, leur déclaration commune pose une question essentielle : comment permettre au tourisme de poursuivre son développement tout en protégeant les entreprises, les emplois et les communautés qui en dépendent ?
Le tourisme relie des territoires, ouvre des perspectives aux petites entreprises et fait vivre des métiers dont l’avenir reste étroitement lié à la circulation des voyageurs. Mais cette ouverture au monde expose aussi les destinations à des événements sur lesquels elles ont peu de prise : tensions géopolitiques, fluctuations des prix de l’énergie, incertitudes économiques, catastrophes naturelles ou bouleversements technologiques.
Réunis aux Philippines pour leur deuxième retraite ministérielle, les ministres du Tourisme de l’ASEAN ont pris la mesure de cette vulnérabilité. Alors que le secteur poursuit sa reprise et son expansion dans la région, ils réaffirment la nécessité d’une réponse collective, capable d’anticiper les difficultés et d’accompagner les territoires lorsqu’elles surviennent.
Quand le coût du voyage atteint la vie des destinations
Les tensions persistantes au Moyen-Orient occupent une place particulière dans la déclaration. En alimentant la volatilité des marchés énergétiques, elles pèsent sur le carburant aérien et les coûts de transport, avec des conséquences sur la demande, les liaisons, la confiance des investisseurs et la compétitivité des destinations.
Pour l’ASEAN, cette exposition appelle une coordination plus étroite avec les secteurs de l’énergie et des transports, mais aussi un renforcement des voyages entre ses États membres. Les ministres soulignent également l’intérêt de consacrer davantage d’investissements marketing aux destinations émergentes de deuxième et troisième rang de la région, afin d’amortir une éventuelle baisse des arrivées long-courriers liée à la hausse des prix du carburant.
Cette orientation ouvre une perspective aux territoires moins présents dans les circuits internationaux : trouver davantage leur place dans les échanges régionaux, tout en contribuant à élargir les possibilités de voyage au sein de l’ASEAN.
Préparer les crises, accompagner le retour à l’activité
La résilience prend une dimension très concrète lorsqu’une catastrophe interrompt l’activité d’une destination. Pour les entreprises et les communautés tributaires du tourisme, la qualité de la préparation peut peser sur les conditions de reprise.
Les ministres appellent ainsi à renforcer l’adaptation climatique et la réduction des risques de catastrophe, à travers des plans de continuité d’activité, une meilleure préparation et une communication de crise coordonnée. Ils insistent également sur les mesures permettant aux destinations touchées et aux populations qui en dépendent de retrouver leur activité dans les meilleurs délais.
Ces priorités s’inscrivent dans le Plan sectoriel du tourisme de l’ASEAN 2026–2030, dont les ministres souhaitent traduire les orientations en résultats concrets. Les organismes nationaux du tourisme sont notamment chargés de faire avancer la révision de l’Accord de l’ASEAN sur le tourisme, pour tenir compte de la numérisation, de la durabilité, de la connectivité et de l’évolution des attentes des voyageurs.
Investir avec une vision plus longue
Le développement touristique suppose des infrastructures, mais aussi des projets capables de renforcer durablement les destinations. Les ministres ont discuté de l’élaboration de l’ASEAN Sustainable and Resilient Tourism Investment Outlook, avec le soutien de la Banque asiatique de développement.
L’objectif est de mobiliser des investissements de qualité et durables, d’améliorer la compétitivité et de préparer des projets susceptibles d’attirer des financements. Le secteur privé, les institutions financières et Les ministres accueillent favorablement la participation du secteur privé, des institutions financières et des partenaires de développement à cette démarche, qui doit également ouvrir des perspectives aux micro, petites et moyennes entreprises.
Mieux investir suppose aussi de mieux comprendre les marchés. À cet égard, les ministres accueillent favorablement l’initiative philippine ASEAN Tourism Intelligence, consacrée au renforcement des données, de l’analyse et des prévisions de la demande. Les organismes nationaux du tourisme, appuyés par le Secrétariat de l’ASEAN, devront approfondir son étude et recommander la suite à lui donner.
Les compétences au cœur de la résilience
La capacité d’adaptation d’une destination dépend aussi des personnes qui accueillent, organisent, guident et entreprennent. La déclaration encourage une coopération accrue en matière de formation, de développement des compétences et de reconversion, notamment dans les domaines du numérique et de la durabilité.
Elle souligne la nécessité d’offrir des possibilités inclusives aux femmes, aux jeunes et aux communautés locales. Elle rappelle également que les initiatives régionales doivent tenir compte des différents niveaux de développement touristique des États membres et apporter des bénéfices tangibles aux petites entreprises comme aux populations.
La résilience se construit à hauteur humaineLa portée de cette déclaration tient au lien qu’elle établit entre des enjeux souvent traités séparément. Le prix de l’énergie influe sur l’accessibilité d’une destination ; la qualité des données aide à préparer les décisions ; la formation permet aux entreprises et aux salariés de s’adapter ; la préparation aux crises conditionne le retour à l’activité.L'enjeu sera d’observer comment ces orientations se traduisent dans la vie des territoires : une petite entreprise mieux préparée à une interruption d’activité, une destination émergente davantage visible, des professionnels capables d’accompagner les transformations de leur métier.La déclaration de Manille fixe un cap. Sa réussite se mesurera à la capacité de la coopération régionale à rendre le développement touristique plus solide pour celles et ceux qui le font vivre au quotidien.
Source : déclaration commune des ministres du Tourisme de l’ASEAN, deuxième retraite ministérielle, Manille, 29 septembre 2026.
