Le Festival international du film de Dubaï (Dubai International Film Festival – DIFF) fera son retour en 2027. L’annonce, faite le 17 septembre par Mona Ghanem Al Marri, vice-présidente et directrice générale du Dubai Media Council, marque le réveil d’un festival qui semblait avoir définitivement disparu du paysage cinématographique. Sa 15e édition s’ouvrira le 8 décembre 2027, presque dix ans jour pour jour après la dernière, organisée du 6 au 13 décembre 2017.
Créé en 2004, le DIFF s’était imposé en quatorze éditions comme l’un des grands rendez-vous cinématographiques du Moyen-Orient, associant cinéma international, forte présence du cinéma arabe, stars et activités professionnelles. En 2018, les organisateurs avaient annoncé son passage à un rythme biennal et promis une 15e édition en 2019. Elle n’eut jamais lieu. Dix ans plus tard, le DIFF reviendra donc avec le même numéro d’édition, mais il ne pourra pas simplement reprendre là où il s’était arrêté.
Mona Ghanem Al Marri l’a d’ailleurs clairement affirmé au moment d’annoncer son retour : « Aujourd’hui, nous ramenons le festival, mais nous ne ramenons pas le passé. La région est différente aujourd’hui, et le cinéma est différent. »
Tout l’enjeu du retour du DIFF tient peut-être dans ces quelques mots. Car avant même de se demander quelle place il pourra retrouver dans un paysage cinématographique régional profondément transformé en son absence, une première question s’impose : quel Festival international du film de Dubaï reviendra en 2027 ?
Un retour qui ne sera pas une simple résurrection
Les premières indications données par le Dubai Media Council dessinent en effet un festival qui entend s’appuyer sur son héritage sans reproduire le modèle qui était le sien en 2017. Pour cette première édition d’un « nouveau chapitre », la priorité sera accordée aux films et aux talents du Moyen-Orient, avec l’ambition de leur offrir un accès plus large aux publics et aux marchés internationaux.
Le DIFF renoue ainsi avec l’une de ses vocations originelles. Lors de sa création en 2004, Dubaï entendait notamment devenir une porte du cinéma arabe vers le monde. Mais cette mission prend nécessairement un autre sens vingt-trois ans plus tard. Les cinéastes arabes disposent aujourd’hui de davantage de festivals, de fonds, d’ateliers de développement et de plateformes professionnelles pour accompagner leurs projets et rencontrer l’industrie internationale. Le DIFF ne revient donc pas répondre au même besoin qu’à ses débuts.
Son ambition demeure pourtant internationale. Samer Hussein Al Marzouqi, directeur de la production cinématographique au Dubai Films and Games Office, a confirmé que le festival conserverait des critères de sélection et d’attribution des prix comparables à ceux des festivals internationaux.
Le discours officiel insiste déjà fortement sur le rôle que le nouveau DIFF entend jouer au sein de l’industrie. Mona Ghanem Al Marri évoque une plateforme capable de rapprocher réalisateurs et producteurs, talents et investisseurs, idées et marchés, afin que des projets puissent naître à Dubaï avant de poursuivre leur parcours à l’international.
Cette dimension n’est pas entièrement nouvelle. Avant son interruption, le DIFF ne se résumait déjà ni à ses projections ni à ses tapis rouges. Le Dubai Film Market, le Dubai Film Connection ou encore le fonds Enjaaz avaient fait du festival un lieu de développement, de financement et de mise en relation pour de nombreux projets de la région. Parmi les films soutenus figurent notamment Wadjda de Haifaa Al-Mansour et Omar de Hany Abu-Assad.
La question est donc moins de savoir si Dubaï veut ajouter une dimension professionnelle à son festival que de découvrir ce qu’il entend en faire dix ans plus tard.
Quelle identité pour le nouveau DIFF ?
Ce retour suscite déjà des attentes chez les cinéastes émiratis. Le réalisateur et scénariste Talal Mahmoud estime ainsi que l’un des enjeux sera de savoir si le festival contribuera réellement à soutenir les réalisateurs et producteurs locaux, ou s’il se contentera de leur offrir une place parmi les invités du tapis rouge. Derrière l’enthousiasme suscité par le retour du DIFF apparaît donc une attente très concrète : celle de voir le festival jouer de nouveau un rôle dans la production et l’émergence de films aux Émirats.
Une autre interrogation concerne la ligne éditoriale que choisira le festival. Selon des sources régionales citées par Deadline, les organisateurs envisageraient une sélection « familiale et apolitique ». Cette orientation n’a toutefois fait l’objet d’aucune confirmation officielle et les détails de la programmation ne seront dévoilés que progressivement. Elle marquerait, si elle se confirmait, une évolution par rapport à un festival qui avait pu accueillir par le passé des œuvres abordant des questions politiques ou sociales sensibles.
À plus d’un an de l’événement, beaucoup reste donc à définir : les sections, les compétitions, les dispositifs professionnels ou encore les critères précis de programmation. Le nom, lui, demeure, tout comme le numéro de l’édition et une partie de l’ambition qui avait présidé à la création du festival. Mais entre l’héritage revendiqué et la volonté affichée de ne pas « ramener le passé », le DIFF doit encore préciser ce qui distinguera cette nouvelle étape de son histoire.
Il devra d’autant plus le faire qu’en dix ans, le cinéma n’est pas le seul à avoir changé. Le calendrier des festivals de la région s’est lui aussi profondément transformé.
Décembre : Dubaï revient pourtant chez lui
En choisissant d’ouvrir sa 15e édition le 8 décembre 2027, le DIFF ne s’installe pourtant pas dans un nouveau créneau. Il retrouve au contraire la période qui était historiquement la sienne. Sa dernière édition s’était déroulée en décembre 2017, comme la plupart des précédentes. Mais pendant ses dix années d’absence, ce mois s’est considérablement rempli.
Le changement le plus notable est sans doute la naissance, en 2021, du Red Sea International Film Festival à Djeddah. Installé lui aussi en décembre, le festival saoudien a rapidement développé une forte présence internationale, tout en accordant une place importante aux cinémas arabes, asiatiques et africains. À ses projections et à ses tapis rouges s’est ajouté tout un volet professionnel, notamment à travers le Red Sea Souk et les différents programmes de soutien portés par la Red Sea Film Foundation. Deadline estime d’ailleurs que Red Sea a « comblé le vide » laissé par la disparition du DIFF.
Les Journées cinématographiques de Carthage ont également rejoint ce calendrier de décembre, mais beaucoup plus récemment. Longtemps organisées entre la fin octobre et le début novembre, elles ont été déplacées en décembre à partir de 2024 et s’y sont maintenues depuis. Quant au Festival international du film de Marrakech, il se tient selon les années entre la fin novembre et le début décembre.
Dubaï retrouve donc son mois. Mais il ne retrouve pas le calendrier qu’il avait quitté.
De Doha à Carthage, un calendrier de plus en plus encombré
Le calendrier 2026 donne déjà la mesure de cette concentration. Le Festival international du film du Caire se tiendra du 11 au 20 novembre. Dès le 19 novembre débutera le Doha Film Festival, qui se poursuivra jusqu’au 27, tandis que Marrakech ouvrira le 20 novembre pour s’achever le 28. Quelques jours plus tard, le Red Sea International Film Festival prendra le relais, du 3 au 12 décembre, le jour même où commenceront les JCC, programmées jusqu’au 19 décembre.
En un peu plus de cinq semaines, cinq festivals importants de la région se succéderont ainsi, quand ils ne se chevaucheront pas. Le Caire et Doha auront une journée en commun ; Doha et Marrakech se dérouleront presque simultanément ; Red Sea et Carthage se passeront en quelque sorte le relais le 12 décembre.
Rien ne permet encore d’affirmer que la situation sera identique en 2027. À l’exception de Dubaï, les dates de ces festivals pour cette année-là ne sont pas encore connues. Mais le calendrier actuel permet de mesurer à quel point la période choisie par le DIFF pour son retour s’est densifiée pendant son absence.
Or cette concentration ne pose pas seulement la question de la disponibilité des dates. Tous ces festivals ont des histoires, des identités et des ambitions différentes, mais ils s’adressent en partie aux mêmes cinématographies et sollicitent certains des mêmes acteurs de l’industrie. La concurrence peut alors porter sur les films et leurs premières régionales, mais aussi sur les réalisateurs et producteurs, les projets en développement, les vendeurs et distributeurs internationaux ou encore les journalistes.
Elle se joue également sur le terrain des dispositifs professionnels. Red Sea a développé son Souk et ses programmes de financement et d’accompagnement ; Marrakech dispose des programmes Atlas, les JCC de Carthage Pro, tandis que le Doha Film Institute mène tout au long de l’année des programmes de développement et de soutien aux cinéastes. Autant de fonctions que Dubaï entend précisément replacer au cœur de son festival.
La bataille du calendrier est donc aussi devenue une bataille pour les films, les talents, les projets et les professionnels.
Reprendre sa place ou en inventer une nouvelle ?
Cette évolution est d’autant plus intéressante qu’une partie de l’expertise qui avait contribué au développement du DIFF a elle-même circulé dans la région. Shivani Pandya Malhotra, qui avait occupé des fonctions dirigeantes au DIFF et contribué à structurer ses activités professionnelles, a ainsi joué, à partir de 2019, un rôle majeur dans la mise en place de la Red Sea Film Foundation et de son festival. Elle n’en a quitté la direction qu’en 2026. Il serait évidemment réducteur de considérer Red Sea comme l’héritier de Dubaï, mais cette trajectoire illustre bien la manière dont l’écosystème cinématographique régional s’est recomposé pendant les années d’absence du DIFF.
Le festival émirati conserve néanmoins des atouts considérables. Son nom reste associé à quatorze éditions au cours desquelles le festival avait accueilli aussi bien des cinéastes arabes que de grandes figures du cinéma international. Dubaï dispose par ailleurs d’une capacité d’attraction, d’infrastructures et d’une visibilité internationale qui avaient largement contribué au succès du festival. Le réalisateur émirati Ali F. Mostafa, qui y avait présenté City of Life en 2009, a d’ailleurs qualifié le DIFF de véritable instrument de « soft power » et exprimé, dès l’annonce de son retour, l’espoir de le voir retrouver son rayonnement passé.
Reste désormais à découvrir ce que Dubaï mettra derrière ce retour. Les premières réponses viendront avec l’annonce de la programmation, des compétitions et des dispositifs professionnels de cette 15e édition. Elles permettront surtout de savoir si le DIFF de 2027 cherchera à retrouver la place qu’il occupait avant 2017 ou à en inventer une nouvelle.
Neïla Driss
Retrouvez mes analyses, partages et actualités cinématographiques au quotidien sur X (Twitter), Facebook et sur mon profil professionnel LinkedIn.
