Des standards mondiaux à la création de valeur pour l’entreprise

Par Randy Durband
(Traduit de l’anglais)

Faire progresser le tourisme durable à grande échelle est devenu essentiel. Pourtant, cette transformation avance encore trop lentement. Après 19 années consacrées au développement et au fonctionnement du Global Sustainable Tourism Council (GSTC), avec une action véritablement mondiale menée dans près de 100 pays et auprès de grandes marques, nous disposons aujourd’hui d’une bonne compréhension des obstacles qui freinent cette évolution, mais aussi des facteurs clés qui peuvent l’accélérer.

Les principaux obstacles tiennent au manque de connaissances et de compréhension, à une réflexion limitée à la seule empreinte carbone, à l’insuffisance du suivi de la demande croissante des consommateurs en matière de durabilité, à une vision dépassée des coûts, aux modèles de franchise qui limitent la capacité d’action des marques, notamment dans l’hôtellerie, ainsi qu’à l’absence d’un standard unique.

« Un standard ne se limite pas à la certification »

Ce dernier point est particulièrement frustrant pour le GSTC, puisque notre organisation a précisément été créée pour apporter une réponse à cette problématique.

Le GSTC développe et opère plusieurs standards destinés aux différents sous-secteurs du voyage et du tourisme. Tous s’appuient sur les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies. Ils ont cependant été conçus spécifiquement pour notre industrie, à travers des processus de consultation extrêmement inclusifs associant de nombreuses parties prenantes à l’échelle internationale.

Les standards restent néanmoins trop souvent perçus comme de simples listes de critères destinées à l’audit et à la certification. Cette lecture restrictive conduit à négliger l’une de leurs plus grandes valeurs : leur capacité à fournir une structure commune pour la mesure et le reporting.

Pour le seul carbone, il existe au moins douze méthodes de mesure actuellement utilisées dans le secteur hôtelier. De nombreux établissements doivent ainsi mesurer leurs performances et en rendre compte selon plusieurs méthodologies différentes. Cette multiplication des systèmes crée une inefficacité considérable et finit, paradoxalement, par limiter le passage à l’échelle de la durabilité.

« Un standard unique pour un système cohérent »

Certaines évolutions positives doivent désormais être amplifiées. C’est notamment le cas des outils open source permettant de mesurer, puis de communiquer, les principaux Key Performance Indicators – indicateurs clés de performance – liés à la durabilité dans le secteur du voyage.

Les ESG Reports – les rapports environnementaux, sociaux et de gouvernance – peuvent également être construits autour de cette même structure. Autrement dit, un standard unique peut servir successivement à la mesure, au reporting, puis à l’audit, le tout au sein d’un management system, c’est-à-dire un système de gestion cohérent.

Lorsque cette organisation est véritablement mise en place, c’est là que la magie opère. Mais cette cohérence reste encore beaucoup trop rare.

La demande existe pourtant. Les voyageurs souhaitent accéder à des formes de voyage plus durables. Nous savons que le transport aérien est encore loin de pouvoir fonctionner avec des carburants propres. En revanche, tout ce que nous faisons sur terre et sur l’eau pourrait déjà – et aurait même pu, dès hier – être organisé selon des modèles hautement durables.

Les dirigeants du tourisme gagnent donc à dépasser certaines conceptions anciennes et reconnaître la valeur de systèmes universels de mesure et de reporting. Ces systèmes peuvent servir à la fois au pilotage interne des organisations, à la communication externe de leurs performances et à leur démarche marketing.

« La durabilité est directement liée à la résilience »

Les standards GSTC intègrent des dimensions basées sur les ODD : gouvernance, méthodes de management, responsabilité sociale, sensibilité culturelle et de nombreux autres éléments essentiels au fonctionnement d’une organisation touristique.

 En fait, on pourrait dire que le “management durable” est tout simplement un “bon management”. 

Nous devons dépasser la vision à court terme qu’impose trop souvent la focalisation sur les rapports financiers trimestriels. La performance doit être considérée de manière beaucoup plus large. Elle comprend notamment les compétences des collaborateurs, leur stabilité au sein de l’organisation, la qualité de la planification et la capacité à mettre en œuvre cette stratégie dans la durée.

Cette approche est particulièrement importante pour une industrie caractérisée par des cycles de vente longs et régulièrement exposée à des perturbations extérieures.

« Réduire le gaspillage, c’est aussi réduire les coûts »

Il existe des low-hanging fruits, c’est-à-dire des actions relativement simples et immédiatement accessibles permettant de faire progresser la durabilité à grande échelle. L’une des plus marquantes est la réduction du gaspillage alimentaire, qui contribue massivement aux émissions de gaz à effet de serre responsables du changement climatique. Sa réduction entraîne parallèlement une diminution directe des coûts pour les entreprises.

« La formation peut accélérer le changement »

Plus largement, la sensibilisation et l’éducation peuvent produire des changements positifs, rapidement et à faible coût. Lorsque les collaborateurs sont formés aux pratiques durables, une véritable synergie se crée au sein des équipes, favorisant à la fois l’adoption rapide de nouvelles pratiques et une plus grande fidélité envers l’employeur.

Le secteur dispose déjà de leviers concrets pour amorcer ce changement, En effet, le GSTC propose des formations en ligne accessibles aux professionnels des différents métiers du voyage et du tourisme, des standards communs pour la mesure et le reporting, ainsi que différents dispositifs d’évaluation permettant d’accompagner cette progression (verification systems).

« Progresser demande moins de moyens qu’on ne l’imagine »

La voie à suivre reste encore mal comprise, mais, avec un peu d’effort, les entreprises et les gestionnaires de destinations peuvent progresser en mobilisant moins d’argent et d’énergie qu’ils ne le pensent, avec à la clé des gains potentiels en matière de rentabilité.