LÀ OÙ LE DÉSERT DISPARAÎT
Aseer & Abha, une échappée inattendue entre montagnes, brume et traditions vivantes

Il existe, au sud-ouest du Royaume, une Arabie saoudite que peu de voyageurs européens imaginent : fraîche en été, verticale, colorée et parfois suspendue dans les nuages. Cecilia Pitré nous emmène à Aseer, sur les hauteurs d’Abha.

Lorsque l’on pense à l’Arabie saoudite, les premières images qui viennent à l’esprit sont souvent celles du désert, des dunes à perte de vue ou des grandes métropoles contemporaines qui transforment aujourd’hui le paysage du Royaume. Pourtant, dans le sud-ouest du pays, Aseer et sa capitale Abha racontent une tout autre histoire.

J’ai eu la chance de découvrir cette région à plusieurs reprises et, à chaque visite, la même pensée me revient :

Je n’arrive pas à croire que je suis en Arabie saoudite. »

Il suffit pourtant de quelques kilomètres pour comprendre pourquoi. Ici, les paysages changent radicalement. Les montagnes dominent l’horizon, les routes serpentent entre vallées et reliefs escarpés, la végétation s’invite là où l’on ne l’attend pas et, certains jours, une brume presque irréelle enveloppe les sommets. On découvre alors un autre rythme, une autre lumière et peut-être même une autre idée du voyage en Arabie saoudite.

Pour les voyageurs européens en quête d’une destination estivale différente, Aseer reste encore relativement méconnue. Et c’est précisément ce qui fait aujourd’hui une partie de son charme.

L’été, mais autrement

En plein été, lorsque les températures deviennent particulièrement élevées dans une grande partie de la péninsule arabique, l’altitude d’Aseer offre une expérience très différente. Autour d’Abha, l’air se fait plus doux, les montagnes se couvrent parfois de nuages et de brume, et certaines routes panoramiques donnent l’impression de traverser un territoire situé bien plus loin au nord.

Ici, prendre de la hauteur n’est pas seulement une expression. La nature est partout : montagnes, vallées profondes, falaises, végétation et panoramas qui changent au fil de la route. Cette géographie offre naturellement un terrain propice à la randonnée, aux excursions en montagne et à un tourisme plus contemplatif. Et puis surgissent parfois les habitants les plus inattendus des lieux : les babouins hamadryas, que l’on peut apercevoir au détour de certaines routes de montagne.

Une rencontre surprenante qui résume assez bien Aseer : la région ne cesse de déjouer les images que l’on pouvait avoir du Royaume avant d’y arriver.

Des montagnes qui ont leurs couleurs

Mais réduire Aseer à la beauté de ses paysages serait passer à côté de l’essentiel. La région possède une identité culturelle particulièrement forte, perceptible dans son architecture, ses vêtements traditionnels, son artisanat et, surtout, dans cette manière très particulière de faire entrer la couleur dans les espaces de vie.

L’un de ses symboles les plus remarquables est Al-Qatt Al-Asiri, cet art décoratif traditionnel développé par les femmes d’Aseer. Formes géométriques, lignes graphiques et couleurs éclatantes composent un langage visuel immédiatement reconnaissable.



Longtemps transmis de génération en génération et utilisé pour décorer l’intérieur des maisons, cet art raconte bien davantage qu’une esthétique : il témoigne de la place des femmes dans la transmission culturelle de la région et d’un patrimoine qui continue aujourd’hui d’inspirer artistes, designers et créateurs.

À Aseer, la culture ne semble donc jamais tout à fait séparée du paysage. Les montagnes donnent leur caractère au territoire ; les habitants lui donnent ses couleurs.

Abha, une autre manière de vivre le Royaume

Puis il y a Abha.

La ville surprend par une atmosphère difficile à comparer à celle de Riyad ou de Jeddah. Ici, la montagne demeure constamment présente. Les panoramas, les cafés, les espaces culturels et les nouvelles expériences touristiques composent une ville en mouvement, mais dont l’identité reste profondément liée à son environnement.

C’est peut-être là que l’évolution touristique actuelle de l’Arabie saoudite devient la plus intéressante à observer : dans cette volonté de créer de nouvelles expériences sans nécessairement effacer ce qui rend un territoire singulier.

Aseer possède précisément cette force. Elle peut se projeter vers l’avenir parce qu’elle a encore quelque chose de très puissant à raconter sur elle-même.

Au fil de mes visites, c’est probablement ce qui m’a le plus marquée.

On ne vient pas seulement ici pour admirer des paysages auxquels on ne s’attendait pas. On découvre une architecture, des traditions, des couleurs, une façon de vivre la montagne et surtout une facette du Royaume encore peu connue de nombreux voyageurs internationaux.

Pour un Européen qui pense déjà connaître l’image de l’Arabie saoudite, la surprise est réelle.
Aseer n’est pas l’Arabie saoudite que l’on imagine. Et c’est peut-être justement la meilleure raison d’y aller.