À Tabarka, le jazz n’a jamais été un simple rendez-vous musical. Il faisait partie du décor, presque de l’identité de la ville, au même titre que les aiguilles rocheuses, le corail rouge, le Fort génois, les forêts du Nord-Ouest et cette lumière particulière qui adoucit la Méditerranée. Après six années de silence, son retour réveille plus qu’une scène : il ravive une mémoire collective, touristique, culturelle et affective que beaucoup pensaient seulement en pause.

Prévue du 2 au 9 juillet 2026, cette 20e édition,organisée cette année sous l’égide du ministère des Affaires culturelles, marque plus qu’une reprise de calendrier. Elle rouvre une mémoire collective. Celle des grandes nuits de Tabarka, du saxophone monumental à l’entrée de la ville, des scènes à ciel ouvert, des ruelles animées, des hôtels pleins, des visiteurs venus de Tunisie, d’Algérie et d’ailleurs pour vivre autre chose qu’un simple séjour balnéaire.

Dee Dee Bridgewater Quartet

Tabarka n’a jamais été une destination comme les autres. Elle n’a ni le profil standardisé des stations de masse, ni l’image figée d’un décor estival interchangeable. Sa force réside précisément dans sa diversité : plages de sables fins et baies rocheuses, eaux claires, corail rouge, Fort génois, forêts de pins et de chênes-lièges, arrière-pays montagneux vers Aïn Draham, artisanat ancestral, mémoire méditerranéenne et traditions du Nord-Ouest. Peu de régions tunisiennes concentrent autant de paysages, de récits et de potentialités dans un espace aussi réduit.

C’est pourquoi le retour du festival doit être lu comme une opportunité touristique stratégique. Jazz à Tabarka a longtemps été plus qu’un événement musical. Il a contribué à construire une image, à installer un imaginaire, à faire de la ville une adresse culturelle sur la carte méditerranéenne. Dans les souvenirs des habitués, Tabarka reste associée aux grandes voix, aux grands instrumentistes, au blues, au jazz, aux musiques du monde et à cette atmosphère particulière où la ville entière semblait entrer en scène.

La programmation annoncée pour 2026 cherche justement à renouer avec cet esprit d’ouverture. Les grandes soirées au Théâtre de la Mer seront complétées par un volet “Street Jazz” gratuit, appelé à investir les espaces publics. Ce choix est important. Il rappelle qu’un festival ne vit pas seulement par ses têtes d’affiche, mais par sa capacité à entraîner la ville, à inclure les habitants, à faire circuler les visiteurs, à créer de la valeur pour les cafés, les restaurants, les artisans, les hôtels, les guides, les transporteurs et les petits commerces.

C’est là que se joue le véritable enjeu. Pour que Jazz à Tabarka retrouve son impact, il ne suffit pas de faire revenir les concerts. Il faut reconstruire une expérience de destination. Cela suppose une coordination entre culture, tourisme, transport, hébergement, animation urbaine, sécurité, propreté, signalétique, communication digitale et mise en valeur du patrimoine naturel. Le festival peut redevenir un moteur, mais seulement si la région est pensée comme un produit touristique complet, vivant et cohérent.

Le Nord-Ouest tunisien possède aujourd’hui tous les ingrédients recherchés par les voyageurs contemporains : nature, authenticité, fraîcheur, patrimoine, gastronomie locale, activités outdoor, plongée, randonnée, culture et proximité avec l’Algérie. Dans un marché touristique où les destinations cherchent à se différencier, Tabarka peut incarner une Tunisie plus verte, plus musicale, plus expérientielle et plus méditerranéenne.

Le retour de Jazz à Tabarka est donc une grande nouvelle. Mais c’est aussi une responsabilité. Celle de ne pas traiter ce rendez-vous comme une parenthèse estivale, mais comme le point de départ d’une relance plus large. Tabarka n’a pas seulement besoin d’un festival qui revient. Elle a besoin que son histoire, ses paysages, ses talents et ses opérateurs soient remis au centre d’une vraie stratégie de destination.

Car lorsque Tabarka joue, ce n’est pas uniquement la musique qui revient. C’est toute une région qui retrouve sa voix.

Programme du Tabarka Jazz Festival 2026

Street Jazz — à partir de 19h30

Jeudi 2 juillet 2026
Djamel Laroussi — Algérie

Vendredi 3 juillet 2026
Mão Cabeça — Portugal

Samedi 4 juillet 2026
InnÄ“r Sense — Serbie

Dimanche 5 juillet 2026
Mohamed Ali Kammoun — JAZZNA — Tunisie

Lundi 6 juillet 2026
Fawzi Chekili — “Taqassim Revival” — Tunisie

Mardi 7 juillet 2026
Omar El Ouaer — Octun Quartet — Tunisie

Mercredi 8 juillet 2026
Ahmed Ajabi — Jazztet — Tunisie

Jeudi 9 juillet 2026
Aziz Zouari — Sirocco — Tunisie

Grandes soirées au Théâtre de la Mer — à 22h00

Vendredi 3 juillet 2026
Alfredo Rodríguez Trio — Cuba
Tarif : 40 DT

Samedi 4 juillet 2026
Liz McComb — États-Unis
Tarif : 60 DT

Dimanche 5 juillet 2026
Osool feat. Yassine Boulares & Soufiane Saidi — Tunisie
Tarif : 30 DT

Lundi 6 juillet 2026
Tarek Yamani Trio — Liban
Tarif : 40 DT

Mardi 7 juillet 2026
Dee Dee Bridgewater Quartet — “We Exist” — États-Unis
Tarif : 60 DT

Mercredi 8 juillet 2026
Raul Paz
Tarif : 30 DT

Jeudi 9 juillet 2026
Veronica Swift & Akua Naru — États-Unis
Tarif : 40 DT

Billets disponibles en ligne : https://tunisianopera.tn

Tabarka, ou l’art de ne pas bronzer idiot
Bien avant que le tourisme ne parle d’expériences, d’authenticité ou de diversification, Tabarka avait déjà trouvé sa formule. Dans les années 1970, le festival de jazz y imposait une autre idée des vacances : venir au bord de la mer, oui, mais pas seulement pour s’allonger au soleil. Le slogan resté célèbre — « Ne bronzez pas idiot » — résumait à lui seul cette ambition : faire de l’été un moment de découverte, de culture, de musique et d’ouverture au monde.

Né en 1973, Né en 1973 sous l’impulsion de Lotfi Belhassine, Jazz à Tabarka a progressivement construit une légende à part dans le paysage culturel tunisien. La ville n’était plus seulement associée à son corail rouge, à son Fort génois, à ses aiguilles rocheuses ou aux forêts du Nord-Ouest. Elle devenait aussi une scène méditerranéenne, capable d’attirer des artistes majeurs et un public venu chercher autre chose qu’un séjour balnéaire classique.

Au fil des éditions, Tabarka a ainsi vu passer une impressionnante constellation de noms : Al Jarreau, Billy Paul, Barbara Hendricks, Kool & The Gang, Lucky Peterson, Bernard Allison, Diana Krall, Jacques Higelin, Miles Davis, Manu Dibango, Léo Ferré, Dizzy Gillespie, Keith Jarrett, Michel Jonasz, Miriam Makeba, Charles Mingus, Claude Nougaro, Ahmad Jamal, The Temptations, Cesária Évora, Al Di Meola ou encore Dee Dee Bridgewater. Cette mémoire artistique a donné au festival une aura rare : celle d’un rendez-vous où le jazz dialoguait avec la soul, le blues, les musiques du monde, la chanson et l’esprit libre des grandes scènes populaires.

L’édition 2017 avait d’ailleurs rappelé la force intacte de cette marque culturelle, avec un moment de relance porté par des artistes comme Beth Hart, Postmodern Jukebox, Dee Dee Bridgewater ou Lucky Peterson. Elle avait montré que Tabarka pouvait encore faire vibrer son imaginaire international et redevenir, le temps d’un été, l’une des destinations culturelles les plus singulières de Tunisie.

C’est cette histoire que le retour de 2026 vient réveiller. Jazz à Tabarka ne revient pas comme un événement isolé, mais comme une mémoire vivante. Il rappelle que cette ville a longtemps porté une intuition très moderne : le tourisme ne se limite pas au soleil et à la mer. Il devient plus fort lorsqu’il crée du sens, des souvenirs, des rencontres et une identité.