À Séoul, Hyundai Motor Group et la Fondation Misk ont réuni des membres de la Saudi Leadership Society et d’anciens participants aux programmes de leadership de Misk autour de l’innovation urbaine. Mobilité autonome, hydrogène, jumeaux numériques et robotique figuraient au programme de ces deux semaines. Pour les destinations touristiques, cette initiative ouvre une réflexion : comment développer les compétences nécessaires pour donner aux technologies une véritable utilité territoriale ?
Une ville peut multiplier les équipements connectés sans rendre les déplacements plus simples, ni améliorer la qualité de vie de ses habitants. Entre la promesse technologique et son utilité quotidienne interviennent des choix d’aménagement, des cadres réglementaires et des décisions d’investissement qui engagent les territoires sur le long terme. La capacité des dirigeants à comprendre ces transformations, puis à les adapter à leur propre contexte, devient dès lors aussi importante que l’accès aux technologies elles-mêmes.
C’est sur cette articulation entre innovation et développement des compétences que repose l’Urban Innovation Leadership Program, dont Hyundai Motor Group a annoncé la clôture le 21 septembre 2026. Organisé à Séoul du 7 au 18 septembre avec la Fondation Mohammed ben Salmane « Misk », ce programme a accueilli des membres de la Saudi Leadership Society ainsi que des diplômés des programmes de leadership de la fondation, sélectionnés conjointement par les deux partenaires.
À Séoul, relier les technologies aux décisions
Pendant deux semaines, les participants ont exploré plusieurs domaines appelés à transformer le fonctionnement des villes : les stratégies de ville intelligente, la mobilité autonome, l’économie de l’hydrogène, les infrastructures numériques, les jumeaux numériques et la robotique.
Le parcours associait conférences, visites de terrain, découverte des centres d’innovation de Hyundai Motor Group et ateliers collectifs. Les visites comprenaient notamment un centre de gestion intégrée de ville intelligente, un site d’essai de véhicules autonomes et des installations liées à l’écosystème de l’hydrogène. Les échanges finaux devaient permettre d’examiner les applications possibles dans le contexte saoudien, en lien avec les orientations de Saudi Vision 2030.
L’intérêt de cette démarche tient au passage entre trois niveaux souvent abordés séparément : comprendre une technologie, observer les conditions de son déploiement et réfléchir aux décisions qui permettraient de l’utiliser ailleurs. Un dispositif opérationnel en Corée ne se transpose pas automatiquement en Arabie saoudite ; sa pertinence dépend des infrastructures existantes, des usages, des compétences disponibles et des priorités du territoire qui l’accueille.
Une coopération qui dépasse la fourniture technologique
Le programme prolonge un protocole d’accord signé en 2024 entre Hyundai Motor Group et Misk. Il associe l’expertise industrielle et technologique du groupe à la connaissance du contexte saoudien et au réseau de dirigeants de la fondation.
Dans son communiqué, Hyundai présente cette initiative comme une évolution de sa relation avec l’Arabie saoudite, avec l’ambition d’aller au-delà de la fourniture de technologies pour contribuer aux échanges sur les politiques publiques, les cadres réglementaires et les infrastructures. Le groupe évoque ainsi les bases d’un dialogue plus structuré entre la Corée et l’Arabie saoudite.
Hokeun Chung, vice-président exécutif et responsable de la division Stratégie future de Hyundai Motor Group, inscrit cette coopération dans une vision commune de long terme. De son côté, Torky Al-Sajjan, directeur exécutif du développement et des partenariats de Misk, souligne l’accès des dirigeants saoudiens à une expertise internationale en rapport avec leurs responsabilités et les priorités de développement du Royaume.
Ces perspectives restent, à ce stade, des ambitions de coopération. Le communiqué ne détaille ni projets opérationnels issus de cette session, ni engagements d’investissement, ni résultats mesurables sur les territoires.
L’éclairage Tourismag : une destination intelligente se pilote aussi
Le tourisme ne figure pas parmi les applications explicitement annoncées du programme. Pourtant, les questions abordées concernent aussi les destinations : comment organiser les déplacements, coordonner les infrastructures et faire cohabiter les besoins des habitants avec ceux des visiteurs ?
Pour un voyageur, la qualité d’une destination se construit autant dans les expériences proposées que dans la facilité à rejoindre un lieu, à comprendre son environnement ou à passer d’un service à l’autre. Ces dimensions dépendent de décisions qui dépassent largement le périmètre des acteurs touristiques. Elles impliquent les responsables de la mobilité, de l’aménagement, de l’énergie et des services numériques.
L’enjeu, pour les destinations, consiste donc à développer une capacité de décision commune autour de l’innovation. Savoir ce qu’une technologie permet ne suffit pas : il faut pouvoir définir le besoin auquel elle répond, anticiper ses contraintes et déterminer comment en évaluer les effets.
Dans cette perspective, la formation des dirigeants peut aider à rapprocher des secteurs qui interviennent sur un même territoire avec des objectifs différents. C’est dans cette coordination que pourrait se situer l’intérêt touristique de démarches telles que celle engagée par Hyundai et Misk, sans préjuger des applications qui en découleront.
De l’innovation annoncée à la valeur pour le territoire
La même exigence vaut pour la durabilité. La présence de l’hydrogène, de la robotique ou de systèmes numériques dans un programme ne permet pas, à elle seule, de conclure à un bénéfice environnemental. Celui-ci devra être apprécié à travers les usages retenus, les ressources mobilisées et les résultats observés.
Pour une destination touristique, les questions sont concrètes : les déplacements deviennent-ils plus accessibles ? Les nouveaux services répondent-ils aux besoins des habitants ? Les équipements peuvent-ils être entretenus localement ? Les investissements contribuent-ils à améliorer durablement l’expérience du territoire ?
Le programme de Séoul ne fournit pas encore ces réponses. Il met toutefois en lumière une étape essentielle : préparer les dirigeants à poser les bonnes questions avant de choisir les solutions. À mesure que les villes et les destinations investissent dans leur transformation, cette compétence pourrait bien devenir l’une de leurs ressources les plus précieuses.
Source : communiqué de Hyundai Motor Group du 21 septembre 2026. L’éclairage sur les destinations touristiques relève de l’analyse de Tourismag.

